Le 46ème festival de la Bande Dessinée d’Angoulême: Entre continuité et nouveau départ.

Élevée au rang de «Ville créative», Angoulême semble devenir une capitale et non des moindre de la Bande Dessinée.
Jadis «mineur» cet art est en passe de s’imposer comme l’art du XXIème siècle.

Le XX siècle fut celui du VIIème art.
Bousculé par la télévision, il a su résister de bien belle manière avant que l’offre pléthorique du numérique sur moult supports, avec des géants du numérique tels Netflix et autre Disney, Amazone ou Apple ne bousculent la donne pour aboutir in fine sur un avenir difficile à prédire.
Dans cet environnement incertain avec des lignes qui bougent, la BD affiche une santé insolente.

Optimiste, Stéphane Beaujean, Directeur Artistique de la 49ème édition du Festival de La BD d’Angoulême n’hésite pas qualifier la BD d’art du XXIème siècle.
En effet, s’il y’a un art qui tire son épingle du jeu c’est celui de la BD puisque l’on enregistre un engouement certain pour cet ex art mineur.
À la stagnation ou au recul des achats de livres et de la presse écrite ou de la fréquentation des salles obscures, le marché de la BD a enregistré une hausse de 10 % au titre de l’année 2019.
Le slogan «7 à 77 ans» semble révolu puisque dès le plus jeune âge, la BD s’impose.
Cette résilience, cet art MAJEUR, «médium vieux d’un siècle, encore dépendant d’un archaïque papier et d’un réseau de point de vente ayant pignon sur rue», il la doit entre-autres raisons à la diversification des genres qui le traversent et qui couvrent des générations et des territoires de plus en plus larges.
Parce que l’image sera fort probablement le verbe du XXIème siècle, la BD est en passe de s’imposer comme le trait d’union entre la civilisation du numérique et celle dite de l’écrit qui serait en passe de s’éteindre. Elle est à coup sûr porteuse du passé et des embryons de l’avenir.

Pour réconforter cet art dans «sa mission» et surtout pour consacrer les 46 ans d’engagement de cette ville en faveur de la bande dessinée , l’UNESCO a décerné à Angoulême le titre honorifique et non des moindre de «ville créative», la seule dans l’hexagone. Chapeau bas… Cette ville de province rejoint ainsi un réseau de villes dynamiques à travers le monde.
Son aura on la mesure aux statistiques affichées: Aux 2000 autrices et auteurs présents, s’ajoutent près de 300 maisons d’édition francophones.
32 pays sont représentés essentiellement des pays d’Europe avec une émergence remarquable des pays d’Amérique du Nord ou d’Asie.
Outre le public attendu en dizaines de milliers pour assister aux 400 rencontres, ateliers, projections, spectacles et autres conférences, ce sont 900 journalistes venus du monde entier qui ont fait le déplacement pour couvrir cet événement culturel majeur.
Notons au passage que, l’Afrique et surtout le Monde arabe semblent être des acteurs peu ou pas représentés alors que ces pays foisonnent de belles plumes et de crayons incisifs.

À la veille de son inauguration, et comme le veut la tradition, l’ensemble des autrices et auteurs professionnels furent invités à honorer l’un des leurs en lui décernant le Grand Prix 2020. Ce dernier a été décerné à Emmanuel Guibert reconnu par ses pairs comme un dessinateur innovant et précurseur. Et la fête continue.

Emmanuel Guibert

guibert alainNé en 1964 à Paris (France), Emmanuel Guibert débute sa carrière avec une œuvre exigeante sur la montée du nazisme, Brune, qui lui prendra sept ans de travail.
Au contact de ses camarades de l’atelier des Vosges, il décide de changer de technique et publie, entre 2000 et 2008, une série de planches inspirées par les souvenirs de son ami Alan Ingram Cope, La Guerre d’Alan.
Fort de ce succès critique et commercial, il continue dans cette veine inspirée de vies avec Le Photographe, d’après des entretiens avec Didier Lefèvre où il mêle dessins avec photographies qui racontent une mission humanitaire en Afghanistan.
Pour ce remarquable travail, il reçoit un Prix Essentiels du Festival en 2007.
Grand technicien, Guibert est également un scénariste prolifique.
Il crée avec Joann Sfar Les Olives noires, La Fille du Professeur et Sardine de l’Espace, ainsi qu’Ariol, avec Marc Boutavant, et ces deux dernières séries jeunesse vont mettre en lumière ses talents de conteur et de narrateur.
Il est lauréat 2017 du Prix René Goscinny et a été mis à l’honneur par le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême en 2018 à travers une exposition rétrospective.
La série culte Sardine de L’Espace de Emmanuel Guibert, Joann Sfar et Mathieu Sapin, sera mise à l’honneur à l’occasion du lancement du dessin animé au Festival cette année.

Mustapha Maleh | Correspondant

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