Le kif à l’origine du rififi dans le Rif: Al-Hoceima ne doit pas mimer Tijuana

Dans la littérature de quelques centres d’études stratégiques qui se focalisent sur le Maroc, à l’image d’El Cano, on retrouve en filigrane le risque de « mexicanisation » du Royaume. Une appréhension que justifie le poids grandissant des narcotrafiquants sur l’échiquier politico-économique du Rif. Voire bien au-delà. Tout cela peut se mesurer à l’aune de la manne financière que le cannabis génère annuellement. Une manne, estimée par nombre de rapports internationaux à près de la moitié du PIB, recyclable en partie dans nombre de business qui s’inscrivent en majorité dans l’économie dite parasitaire.
Faut-il dès lors s’étonner à ce que le dossier du célèbre Saïd Chaou défraye la chronique et soit à l’origine d’un coup de froid dans les relations maroco-néerlandaises ? En tout cas, l’affaire est assez sérieuse pour la minorer en reléguant le rappel de l’ambassadeur du Maroc accrédité à la Haye au rang de simple nuage d’été. L’affaire est bien plus grave au regard des charges retenues par Rabat contre l’ex-parlementaire recherché par la police marocaine, mandats d’arrêt internationaux à l’appui, pour trafic de stupéfiants. Car non seulement le maroco-néerlandais doit répondre, en cas d’extradition vers le Royaume, des charges retenues contre lui en tant que « baron » de la drogue, mais aussi es qualité d’agitateur attitré dans le soulèvement du Rif. Le narcotrafiquant est soupçonné par les autorités marocaines d’alimenter financièrement et au plan logistique un mouvement séparatiste dans le Rif. Il faut dire que la décision marocaine, minorée par la diplomatie hollandaise qui la juge « inutile » et « incompréhensible », est intervenue après plusieurs mois d’échanges infructueux avec les autorités néerlandaises. Alors que ce trafiquant fait l’objet de deux mandats d’arrêt internationaux émis par la justice marocaine, l’un pour « association de malfaiteurs » en 2010 et l’autre pour « trafic international de stupéfiants » en 2015.
Depuis 2013, ledit baron s’est reconverti en « indépendantiste » qui dénonce le « joug marocain ». En avril 2014, il crée aux Pays-Bas « le mouvement du 18 septembre pour l’indépendance du Rif » et fait monter les enchères en vendant à « ses partisans » recrutés parmi la diaspora rifaine des promesses de la taille « d’un gouvernement rifain d’exil » et « une assemblée constituante » devant regrouper les représentants des différentes tribus relevant du nord du Maroc. Pour toucher les Rifains au Maroc, Said Chaou finance une chaîne de télévision, Anoual TV, et un site web, www.tabrat.info (la lettre du Rif). Le baron compte dans sa quête déstabilisatrice sur des lieutenants parmi lesquels figurent Abdessadek Boujibar, Farid Aouled Lahcen, Abdelwafi Hartit, Karim El Moussaoui et Fikri Al Azrak. Fidèles à la logique tribale, ils ont pour mission de promouvoir le projet de la République du Rif. Certains d’entre eux auraient même fait le déplacement dans le Nord du Royaume pour apporter leur soutien à l’agitation sociale.
Faut-il dès lors remettre en cause les accusations de déstabilisation qui collent aux manifestants du Rif lorsqu’on sait que le « bras armé du mouvement des républicains rifains » parade sur les réseaux sociaux en exhibant armes et drapeau d’une prétendue république à naitre ?
En tout cas, le Maroc a intérêt à assimiler la leçon mexicaine marquée par les dérives sanguinaires des cartels de Tijuana et autres localité de triste mémoire. Dérives qui forcent l’état à mobiliser ses militaires pour conjurer le danger des narcotrafiquants. Autant dire que la lutte contre toutes les formes de trafic du kif doit être menée dans les règles de l’art. C’est-à-dire en réduisant au maximum la dépendance des Rifains de cette économie de l’ombre qui fait des ravages. Un autre modèle est à imaginer en dehors des joints et autres pétards.

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