Le Maroc face aux migrants: Que de défis à relever!

Le Maroc face aux migrants: Que de défis à relever!

Avec l’opération Marhaba, l’attention des responsables est focalisée, pour une saison, sur le dossier des MRE. Si tout est rodé dans ce cadre-là, il est vrai que le pays a intérêt à composer autrement avec sa diaspora aussi riche qu’enrichissante. Mais le dossier des migrations sur lequel le Royaume s’active ne se limite pas à ce seul chantier. Eclairages.

Avec un réservoir humain qui dépasse les 6 millions d’âmes, le Maroc ne pouvait se détourner d’une diaspora qui, au fil des générations, continue à nourrir les liens qui la rattachent à la « Mère Patrie». Certes, les attaches à la « Mother Morocco » tendent quelque peu à se distendre du fait d’un succédané de générations. Les liens affectifs qui se nourrissent au mamelon de la solidarité familiale ne sont plus les mêmes que pour ceux qui ont marqué les rapports « fusionnels » de la première génération d’émigrés avec la patrie. L’accès à une nationalité en lieu et place de la double nationalité expliquant, dans une large mesure, cet état de fait. Toutefois, il faut aussi convenir que les limites des politiques d’intégration ont tendance à rapprocher les jeunes générations de leur pays d’origine. La xénophobie et l’islamophobie étant les vecteurs d’un tel rapprochement prononcé malgré les liens de sol… Certes, les responsables marocains n’ignorent pas cette réalité.

Valoriser notre diaspora
Comme ils n’ignorent pas, non plus, le fait que de nouveaux rapports doivent désormais présider aux relations avec la diaspora marocaine. Rapports expurgés des remugles du passé que les «fameuses « Widadiates », ce réseau d’associations créées ex-nihilo pour recycler des lien de dépendance éculés, sont dans l’incapacité d’offrir. Car même si des problèmes inextricables se posent pour les nouvelles vagues générationnelles de la diaspora, la réussite scolaire n’est pas forcément leur lot, il n’en reste pas moins que leur demande de rapprochement vis-à-vis du pays d’origine obéit à certaines exigences mâtinées d’une culture qui fait honneur à l’égalité dans le traitement, aux principes démocratiques dans lesquels ils baignent… Et rejettent de ce fait tout réflexe paternaliste qui les minore plus qu’il ne les libère. La leçon à tirer du Hirak du Rif est à méditer dans ce sens qu’une colère soio-économique locale s’est vite retrouvée sur les devants de la scène européenne, voire ailleurs. La diaspora se révélant, en partie, vulnérable aux cris qui expriment l’injustice.
La nomination d’Abdelkrim Benatik au poste de ministre en charge du dossier des Marocains du monde a pratiquement coïncidé avec les préparatifs menés tambour battant pour l’accueil des MRE dans le cadre de la vaste opération Marhaba 2017. Et les premières opérations menées par le ministre socialiste dans ce cadre-là témoignent des nouvelles préoccupations liées à l’appréhension du phénomène migratoire dans sa globalité. Une politique associant toutes les sensibilités serait sur le point d’être promue en ligne de conduite. Orientation qui tranche avec les attitudes par trop rigides du passé. Réunir chercheurs universitaires et acteurs associatifs autour d’une même table pour débattre d’un phénomène naturel (les pérégrinations étant le propre de l’homme) n’est pas anodin. Surtout qu’il est plus que nécessaire par les temps qui courent de jouer la carte de la diaspora au profit du développement socio-économique que le pays est en droit de revendiquer. La création de la 13ème région, avec le concours de la CGEM, est à ce point consubstancielle de cette projection. Les diasporas chinoise et hindoues étant riches en enseignements. Car dans le gisement que constituent les MRE, des compétences non négligeables existent dans plusieurs domaines d’intérêt stratégique. Certes, A. Benatik ne part pas démuni. Un programme de mobilisation des compétences marocaines résidant à l’Etranger existe et appelle à être enrichi. Il consiste à faire appel aux compétences marocaines possédant de l’expertise, de l’expérience et du savoir-faire, et qui sont prêts à les mettre à contribution en faveur du développement du Maroc de manière ponctuelle ou pérenne. L’intérêt pour ce programme se justifie par un contexte extrêmement favorable caractérisé par l’existence de profils hautement qualifiés parmi les Marocains du Monde (Plus de 500.000 MRE ont un niveau Bac +5 et plus), une forte volonté à apporter leur contribution au développement de leur pays d’origine, l’existence de nombreux plans sectoriels engagés au Maroc et la volonté affichée des pouvoirs publics pour favoriser ce type de participation.
La mise en œuvre de ce programme s’est traduite par la création de plusieurs réseaux géographiques et thématiques.
Ces Réseaux regroupent des hommes et femmes, d’origine marocaine, nés ou installés dans ces pays qui appartiennent à différentes branches d’activités professionnelles. L’objectif de ces réseaux est de canaliser les énergies en faveur d’un développement durable au Maroc et de soutenir l’intégration des citoyens d’origine marocaine dans les pays d’accueil.
Depuis 2009, plusieurs réseaux se sont constitués, qu’ils soient géographiques (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France…) ou thématiques (Réseau des médecins marocains du Monde, Réseau des Journalistes marocaines du Monde…). En sus, plusieurs programmes sont mis en place pour favoriser cette contribution, notamment le programme «Business Leaders» pour la mobilisation des entrepreneurs marocains du Monde (en partenariat avec Injaz Al Maghrib) et le programme d’encouragement des jeunes entrepreneurs marocains résidant à l’Etranger (en partenariat avec StartUp Maroc).
Tout cela devrait renforcer l’apport des MRE à destination de leur pays d’origine. Plutôt que de persister à tabler uniquement sur des transferts de devises. C’est ce « know how » qui s’avère, à terme, salutaire.
En parallèle, la sensibilisation des MRE vis-à-vis des questions politico-diplomatiques d’importance n’est pas à minorer non plus. Car le Maroc peut compter sur sa diaspora pour servir de relai assumant, en connaissance de cause, les rôles de « porte voix » lorsqu’il s’agit de défendre des dossiers assez singuliers. La diaspora est à même de constituer un véritable levier diplomatique en agissant en lobby organisé fier de représenter les intérêts de son pays d’origine. A. Benatik qui mesure l’importance de la diplomatie parallèle dans la formation des opinions a eu raison d’organiser une journée dédiée à la nouvelle politique africaine du Royaume et à la défense de la cause saharienne. Car in fine, dans les démocraties, tout se résume à une bataille d’opinion : celui qui y réussit bénéficie d’un appui sans faille du public auquel il fait face. L’exemple à méditer n’est autre que l’action contre-productive rondement menée par les adversaires de la juste cause marocaine en Espagne.

Assumer l’altérité
Mais au-delà de l’intérêt grandissant pour la diaspora marocaine, force est de souligner que le Maroc qui était encore hier exportateur net de migrants est aussi devenu, par la force des choses, un pays de transit et d’accueil. Face à l’accroissement sensible du nombre des immigrés venant notamment des pays subsahariens et fort de sa grande expérience de gestion de l’émigration et de sa sensibilité aux revendications et besoins de ses propres migrants, le Maroc a entamé une profonde refonte de sa politique d’immigration. Cette initiative fait suite à la publication en 2013 d’un rapport du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) sur la situation des migrants et réfugiés au Maroc. Un rapport qui invite les pouvoirs publics, acteurs sociaux et pays partenaires du Maroc à intégrer les nouvelles réalités de l’immigration et à agir en synergie pour l’élaboration et la mise en œuvre d’une nouvelle politique publique qui comprend quatre principales composantes : la situation des réfugiés et des demandeurs d’asile, les étrangers en situation administrative irrégulière, la lutte contre la traite des êtres humains et les étrangers en situation régulière. Dès lors, rien de plus normal que de voir ledit rapport approuvé par la plus haute autorité du pays. Plus, le Souverain a invité le gouvernement à élaborer une nouvelle politique globale relative aux questions d’immigration et d’asile, suivant une approche humaniste en harmonie avec les engagements internationaux, respectueuse des droits des immigrés et conforme aux dispositions de la nouvelle constitution. D’où est née la Stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile qui vise à assurer une meilleure intégration des immigrés et une meilleure intégration des immigrés et une meilleure gestion des flux cadre d’une politique cohérente, globale, humaniste et responsable. Une stratégie qui comporte 11 programmes touchant des domaines fondamentaux comme l’éducation et la culture, la jeunesse et les sports, la santé, l’habitat, l’assistance sociale et humanitaire, l’accès à la formation professionnelle et la facilitation de l’accès à l’emploi.
Elle porte également sur la gestion des flux migratoires et la lutte contre la traite des êtres humains, le renforcement de la coopération et des partenariats internationaux, la mise à niveau du cadre réglementaire, la mise en place d’un cadre institutionnel et de gouvernance permettant une meilleure collaboration entre les acteurs concernés et l’élaboration d’une politique de communication agissante dans le domaine de la migration et de l’asile. Ode est ainsi faite à une approche humaniste basée sur le respect de la dignité humaine. Il s’agit en particulier de garantir le droit à la vie (notamment lors des tentatives d’entrées illégales sur le territoire), d’éviter les traitements inhumains ou dégradants (par exemple lors des opérations d’interception et d’éloignement) et de lutter contre l’exploitation et l’abus sur le lieu de travail. Une approche globale, impliquant tous les intervenants publics, a ainsi été privilégiée. Transversale et intégratrice, elle cible l’Homme dans le respect total de ses droits. Le respect des droits des migrants implique de lever les obstacles réglementaires et pratiques pour l’accès aux services de base (santé, éducation, justice) et de lutter contre la discrimination. Les procédures d’accès à l’emploi, à la nationalité, de régularisation et d’expulsion doivent se faire de manière transparente avec des possibilités de recours. Par ailleurs, il s’agit de garantir aux migrants le droit de circuler sur le territoire et d’éviter les méthodes de détection et de dénonciation des immigrés irréguliers bloquant leur accès aux soins de santé, à l’éducation, à la justice. Si dans la pratique les choses ont tendance à évoluer dans le bon sens, force est de souligner que des hiatus sont à signaler au niveau de l’architecture institutionnelle. Si le Maroc a ratifié plus traités et conventions multilatérales et bilatérales relatives à la migration, leur transposition dans la législation nationale n’est toujours pas au rendez-vous. Objectif, asseoir les conditions d’un vivre ensemble des plus harmonieux.
La nouvelle politique d’immigration s’inscrit dans le cadre de l’engagement du Maroc pour une action commune et concertée dans le domaine de l’immigration aux niveaux régional et international. La position géostratégique Maroc l’expose à différentes problématiques migratoires pour lesquelles les réponses sont multidimensionnelles et nécessitent une coopération plus dynamique avec les organismes internationaux intervenant dans le domaine de l’immigration, les pays d’origine et les pays cibles des migrants. Ce principe vise à promouvoir la coopération multilatérale et le respect des engagements pris aussi bien par le Maroc que par ses partenaires dans le cadre des accords déjà signés ou à signer dans le futur.
La tâche n’est pas aisée pour A. Benatik.
A charge pour lui d’assumer… Et de contribuer à changer les mentalités dans le traitement et de la diaspora marocaine et des flux migratoires que le pays est dans l’obligation de subir dans un esprit solidaire.

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