Les enseignants « contractuels » ne désarment pas devant l’attitude butée de la tutelle. Jeudi 11 avril, ils ont annoncé leur décision de prolonger leur grève observée depuis le 31 mars, après plusieurs actions de protestation. L’Exécutif qui a mobilisé l’Intérieur pour « débloquer » le dialogue social rééditera-t-il le même exercice pour « dégeler » un conflit qui risque de perturber l’année scolaire, voire plus ?

L’affaire est entendue : les enseignants « contractuels » opposent leur refus catégorique aux propositions faites mardi 9 avril par le ministre Saaid Amzazi aux syndicats de l’enseignement. Selon eux, ces propositions représentent une provocation, vu l’absence d’un communiqué officiel du ministère. Plus, le ministre qui cherche en principe à « déminer » un conflit social qui n’a que trop duré reste prisonnier d’une vue sectaire puisque les portes de son bureau restent fermées aux coordinations qui représentent ce corps social. Pourtant, un autre département, la Santé en l’occurrence, n’aura pas été aussi formaliste que le MEN en négociant avec des coordinations représentant le corps médical. La question de la représentativité à laquelle s’accroche S. Amzazi a fait son temps au regard de la mobilisation sociale que génère le mouvement des enseignants qui rejettent la contractualisation, synonyme de déclassement.

Certes, S. Amzazi a proposé l’annulation des mesures administratives prises à l’encontre des enseignants « contractuels » si ces derniers rejoignent leurs postes. Mais cette proposition n’aura pas eu l’effet escompté. D’où une remise à plat du dossier proposée lors d’une nouvelle réunion tenue jeudi entre le ministre et les syndicats, ces derniers ayant ont demandé d’avancer la réunion prévue avec les représentants des enseignants cadres des AREF, prévue le 16 avril.

La tension qui prévaut dans le secteur de l’enseignement a été examinée lors du Conseil de gouvernement tenu jeudi sans pour autant qu’une quelconque avancée ne soit au rendez-vous. L’Exécutif reste attaché à sa proposition qui consiste en l’intégration des ex-contractuels aux Académies régionales de l’éducation et de la formation et non à la fonction publique. Plus, le gouvernement a également refusé d’avancer la réunion prévue le 16 avril, et exige la reprise des cours à partir du lundi 15 avril. Autant dire que le dossier n’a pas bougé d’un iota. Sauf pour répondre à des points soulevés par les centrales syndicales dites représentatives. Ainsi, le gouvernement s’est engagé à traiter deux principaux dossiers. D’abord, celui des enseignants ayant plus de 30 ans d’activité et qui sont toujours classés à l’échelle 10. Le ministère propose un passage à l’échelle 11 avec une date d’effet au 1er janvier 2016. Les syndicats, eux, demandent une date d’effet au 1er janvier 2012. Selon le président de la FNE, ils sont près de 24.000 enseignants dont des retraités. Ensuite, celui des enseignants de la « cellule 9 » qui ont un salaire de moins de 4.000 DH par mois. Les syndicats demandent une promotion exceptionnelle pour cette catégorie d’enseignants avec date d’effet au 1er janvier 2013 et le passage à l’échelle 10.

Pour cette catégorie de personnel qui compte 4.659 enseignants des cycles du primaire (2.266), du secondaire collégial (2.206) et des attachés pédagogiques, de l’économie et de l’administration (187), le ministère, propose un règlement en deux étapes : la promotion de ceux qui remplissent les conditions d’ancienneté (10 à 13 ans) en deux phases, une partie à compter du 1er janvier 2019 et une deuxième à partir du 1er janvier 2020; la promotion du reste des enseignants de la cellule 9 sous condition d’avoir 10 ans d’ancienneté, à partir de la deuxième année à laquelle la personne devient éligible à l’horizon 2023 au lieu de 2026. En scindant le dossier des enseignants en deux, le ministère cherche selon toute vraisemblance à créer un schisme entre le personnel. L’objectif craint par les coordinations consisterait en une désolidarisation des syndicats dits représentatifs du combat légitime mené par les coordinations…

La tension reste vive. Et il ne serait guère étonnant de voir la reprise des cours chamboulée par d’autres mouvements de grèves. Une crispation dont le pays aurait pu faire l’économie depuis plusieurs semaines…

 

Lors de la dernière réunion du secrétariat général du PJD, la question qui a dominé par dessus tout est celle en lien avec la dernière sortie de Abdalilah Benkirane. L’ancien patron des « islamistes » a appelé les parlementaires de son parti à ne pas voter pour la loi cadre sur l’enseignement. Une sortie de trop qui aura exacerbé nombre de « frères » d’A. Benkirane. On notera que tous les membres du secrétariat ont exprimé leur mécontentement face à la manière dont l’ancien patron de l’Exécutif s’est épanché sur le dossier de l’enseignement (la fameuse loi cadre qu’il a traitée es qualité de chef de gouvernement), quitte à décrédibiliser le travail de l’ensemble des composantes du gouvernement. On reproche à Benkirane d’avoir mal agi de la sorte alors que la meilleure façon de procéder, assurent plusieurs dirigeants du PJD, était de demander une réunion avec le secrétariat général afin d’obtenir les éclaircissements nécessaires et échanger sur le sujet. Tout en la regrettant, la méthode choisie par l’ancien chef du parti, a mis à mal les positions de son propre camp. Selon eux, A. Benkirane était désireux de « consensus » quand il était chef du gouvernement, se demandant pourquoi il a changé d’optique aujourd’hui.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux en début d’avril, A. Benkirane a conseillé à Saad Eddine El Othmani, actuel chef du gouvernement de démissionner plutôt que d’accepter l’utilisation du français comme première langue d’enseignement au Maroc. Selon lui, le changement de langue d’enseignement des matières scientifique serait un reniement de la ligne du parti.

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