Le pays où on achève bien la pensée…

Le pays où on achève bien la pensée…
Le pays où on achève bien la pensée…

 

Allal El Maleh
Allal El Maleh

Jamais la situation du pays n’a été aussi liquide qu’avec cet Exécutif là. La preuve ? Alors que les enseignants dits « contractuels » marchaient vers la Place du 16 novembre, à Rabat, où ils comptaient se regrouper pour clamer haut et fort leur détresse sociale, la réponse la mieux indiquée pour gérer la situation, pourtant calme, n’aura pas dérogé à la règle. C’est le choix sécuritaire qui a été privilégié par le pouvoir. Résultat des courses, encerclés, les enseignants ont été chargés par les forces de l’ordre. En se braquant de la sorte, le gouvernement perd en crédibilité le peu qui lui reste. Après avoir « géré » d’autres dossiers non moins cruciaux tels le Hirak du Rif, celui de Jerada ou encore de Zagora… La trique pour tous représente-t-elle la solution ? Assurément non. Mais il ne faut guère s’étonner face à l’érosion de la capacité d’écoute dont fait preuve le gouvernement et ceux qui gravitent autour.  Que de signes attestent de la fragilité dans laquelle le pays est plongé avec et par des commis de l’Etat qui n’ont rien à opposer au peuple qui exige d’eux plus de justice, de démocratie et de liberté que la sempiternelle ritournelle : la légitimité des urnes. On est donc face à une prétendue dictature de « la majorité » alors qu’il est archi-connu que les Marocains boudent royalement les épreuves électorales et cultivent une méfiance atavique à l’endroit d’une partie des institutions dont la nature première est de les servir plutôt que de servir ceux qui les meublent.

Il y a quelque chose de pourri dans le Royaume. Même les associations de défense des droits humains n’échappent pas à la triste règle qui rend la situation dans le pays assez exceptionnelle alors que rien, vraiment rien, ne force à s’y plier. Pourquoi dès lors interdire à l’Association marocaine des droits de l’homme de tenir son congrès à Bouznika ? Serait-ce uniquement pas cette ONG compte parmi ses membres des opposants dont la présence n’incommode nullement le système ? Le pays a le droit de vivre le bonheur du dissensus plutôt que de courir derrière le consensus de façade qui vole en éclats dès que l’occasion s’avère propice. Saad Eddine El Othmani qui s’arcboute sur le rejet catégorique de tout traitement du dossier des « contractuels » en dehors de la régionalisation, concept qu’il conjugue par ailleurs dans tous les temps possibles et imaginables, n’est-il pas pressé de mettre la clé sous la porte par un Istiqlal qui a toutes les raisons du monde d’exiger pareil salut national ? Osera-t-il prononcer la dissolution de cette formation dont le salafisme s’est modernisé avec le temps ?

Voilà où on en est. Triste bilan que celui-là. Le pays mérite mieux au vu de ce qui se passe non loin de chez nous. Jamais la répression n’a contribué à résoudre les problèmes. Mais que voulez-vous, nos gouvernants ignorent les vertus du dialogue et de la persuasion et ne s’agitent qu’à l’idée de voir l’unanimisme régner sans partage… Bref, on cherche à achever la pensée critique quitte à niveler la société par le bas.

NB : Dans ce pays, la chronique retiendra que l’inconséquence à un coût qui peut s’avérer lourd de conséquences. L’écrivain et poète Mohcine Akhrif l’a éprouvé de son vivant lorsqu’il a été foudroyé, dimanche 21 avril, à une électrocution pendant son intervention au Salon du livre de Tétouan. Le jeune intellectuel, 40 ans à peine, avait commis l’erreur fatale de prendre à pleine main un micro tueur. Une mort regrettable, certes, mais bête à la fois…

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