Le PJD dompte l’USFP : Une carte politique illisible

Le PJD dompte l’USFP : Une carte politique illisible
Parmi les effets des législatives d’octobre dernier, on peut évoquer ce qui détonne. Mais il y’a aussi pire : ce qui est pervers. En perdant pied, forte d’enracinement, la gauche bascule désormais dans l’illisibilité. Au risque de devenir invisible. Entre le PAM et le PJD, l’USFP a fait son choix. A l’identique du PPS.

lyas El Omari a peut-être raison de dire que le grand vainqueur des législatives du 7 octobre dernier n’est autre que le PAM. En réussissant à talonner le PJD, star incontestable de toutes les épreuves votatives, nul ne saurait fermer les yeux sur pareille performance. Que l’on aime ou que l’on déteste cette formation aux accointances troublantes, le fait est qu’elle a réussi à « polariser » une scène politique habituée à être traitée par les politologues selon le paradigme de l’éclatement. Avec 125 élus pour le PJD et 102 pour le PAM, n’est-on pas face à une bipolarisation de la vie politique qui s’opère sans avoir crié gare et que les politiques, fidèle à une grille de lecture passéiste, refusent de reconnaitre? Quoi qu’il en soit, seul l’aveuglement pourrait conduire à ignorer la nouvelle configuration de la scène politique jugée tantôt comme le révélateur factice du tripatouillage de l’électorat dans un obscur laboratoire makhzénien, tantôt comme l’expression d’une nouvelle cartographie de l’électorat qui traduit une nouvelle sociologie politique.

La gauche explose en vol !
Bien entendu, pareilles performances réalisées par le duopole politique peuvent être minorées pour quelques raisons valables. En tête desquelles se place, bien sûr, la capacité de résilience de « l’islam politique » dont se drape le PJD pour mieux aborder les électeurs. On l’a vu, malgré un bilan gouvernemental des plus mitigés, les électeurs ont plus plébiscité le tonitruant Abdelilah Benkirane qui sait comment subtilement doser son populisme atavique qu’ils n’ont cherché à le sanctionner. La reddition des comptes étant considérée toujours comme un exercice aléatoire dont la maturité est symptomatique de l’avancée du processus démocratique. Il faut attendre pour voir si les bouleversements géopolitiques qui s’opèrent s’accompagneront ou non d’un aggiornamento de la scène politique qui a permis l’émergence de l’islam politique. Comme on laissera « au temps le temps » de consacrer ou non l’émergence du nouvel acteur hégémonique qu’est le PAM. Car le plus important à constater à la lumière des scores réalisés par les diverses formations est bel et bien le recul notoire des formations historiques, de gauche comme de droite. L’Istiqlal n’est plus que l’ombre de lui-même, électoralement parlant, au même titre d’ailleurs que le Mouvement populaire. Et ce qui vaut pour cette fraction de l’aile droitière vaut aussi pour les formations historiques appartenant à la case progressiste. Le PPS qui a fait le choix de tourner le dos à la vague du 20 Février pour épouser la démarche du PJD contre tout «aventurisme nihiliste », malgré les menaces brandies par les islamistes à l’occasion de la rédaction de la Constitution, n’aura pas réussi à tirer ses marrons du feu. Il n’a pu arracher que 12 sièges au parlement. Ce qui s’apparente à une réelle rupture du contrat qui le liait naguère à son creuset électoral. Quand bien même Nabil Benabdellah a osé emprunter la voix de la contestation exprimée par le PJD quant au retour supposé réel de la vassalisation. Quant à l’USFP, formation qui avait brillé par son approche pour le moins suspecte de l’élan de la contestation de 2011, elle n’a pas non plus réussi à redresser la courbe de ses contre-performances électorales constatées depuis plusieurs années déjà. Les séditions et autres luttes internes ayant réussi à limiter son aura auprès de l’électorat pour ne récolter in fine que 20 sièges au Parlement. A eux deux, ces partis « progressistes » n’arrivent même pas à rivaliser avec une formation du centre comme le RNI qui a obtenu 37 sièges, soit 9 sièges de moins que l’Istiqlal. Et quand bien même on s’amuserait à leur amalgamer la moisson de la FGD, la représentativité de la gauche ne pèserait pas lourd : 34 sièges !
Tout cela conduit à dire que la gauche marocaine a explosé en plein vol. Victime en cela d’une domination sans égale de l’islamisme politique. Auquel se greffe un autre poids lourd qui (dé) considéré comme « nouvel invité » aux messes électorales réalise une percée fulgurante.

Matrice à revoir
Fracturée, déchirée, éclatée entre de multiples chapelles les unes plus « révolutionnaire et progressiste » que les autres, la gauche n’en finit pas de cautériser ses blessures. Se transformant, au fil du temps, en une machine à perdre qui tourne au rythme de ses contradictions et de la guerre des égos. Mais est-ce à dire que cet insuccès est inscrit dans ses gènes ? Ceux qui croient en la fin des idéologies se trompent de registre historique. L’idéal de gauche survivra jusqu’aux structures partisanes par trop sclérosées par une fermeture hermétique au souffle populaire, le vulgus pecum étant déconsidéré par une élite « savante ». Et par une forte propension à jouer la partition de « l’entre soi » en alimentant une culture de la méfiance et du complot. Le seul sursaut qui puisse survenir serait inhérent à une déconfiture électorale encore plus spectaculaire au point de forcer la vieille garde à céder la voie aux « jeunes loups » déconsidérés pour leur trop plein d’ambitions. Qui, pourtant, n’ont rien à voir avec la culture arriviste qui s’est installée parmi les apparatchiks qui, décatis, s’accrochent à leurs postes symboliques de peur de rater une quelconque opportunité d’intégrer la sphère publique. On ne fera d’insulte à personne si l’on se réfère aux coulisses des négociations houleuses qui ont toujours accompagné les négociations avec le pouvoir. Comme on ne fera de procès à quiconque s’est évertué, du haut d’un piédestal symbolique, à faire le vide autour de lui pour être le mieux placé dans une course éphémère à une rente de situation. Dans un climat aussi délétère, la gauche s’est retrouvée gangrénée aussi bien par ses revirements spectaculaires, votés à l’unanimité, que par son mépris pour les nobles causes qui valent dans le combat pour la démocratie, et à leur tête celle du peuple. Incapable de faire émerger un champion incontesté, c’est-à-dire une formation de gauche aussi forte que crédible, cette « gauche caviar» est appelée à disparaître d’elle-même. Ou du moins voir ses symboles s’écrouler les uns après les autres. Et c’est de cet ersatz là qu’une nouvelle offre politique vivifiante et moderne pourrait naître et amalgamer les attentes d’un peuple de gauche qui, dans une bonne partie de ses composantes, ne se sent pas obligé de faire le tour des isoloirs. Car n’oublions pas que seuls 6 millions d’électeurs ont pu être mobilisés sur un corps électoral qui en compte un peu plus du triple.
En attendant, pour les inconditionnels de la gauche, le spectacle affligeant que livre l’USFP, dans un élan opportunément réaliste, en allant frapper à la porte du PJD qu’il a souvent diabolisé, contribue à parasiter le paysage davantage. Rejoignant en cela les camarades du PPS dont l’acoquinement avec le PJD est désormais légendaire. Autant dire que les vieux pensionnaires du marigot politique n’excellent que dans un seul et immuable exercice : ajouter le flou au flou…

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.