L’effet pluviométrique

L’effet pluviométrique
On l’a vu, le Maroc n’avait en tête que cela depuis quelques mois : réussir l’organisation de la COP22 de Marrakech. Et il faut croire qu’un tour dans la capitale des Almoravides a de quoi rassurer quant à la capacité du pays, lorsque l’intérêt est là, à tenir et remporter le pari. La cosmétique a bien tenu au point de bluffer les esprits les plus retors. Et les milliers de touristes du climat qui ont fait le déplacement garderont un bon souvenir de cette ville impériale aux multiples facettes. La météo était des plus clémentes et le soleil permettait, en plein novembre, d’offrir un effet lumineux des plus convoités.
Mais il faut dire qu’en accueillant la COP 22, le pays fait partie de ces zones où le changement climatique est appelé à faire des ravages. Il n’y a pas à chercher une quelconque divergence dans l’assimilation de cette donnée, cardinale, par les responsables marocains. D’ailleurs, pour s’en convaincre, il fallait juste jeter un coup d’œil aux bulletins météo égrenés tout le long du cycle des conférences dont Bab Ighli gardera l’écho. Pas une goutte de pluie à l’horizon au point d’inscrire la saison agricole actuelle dans le cycle des années de sécheresse. Après tout, le pays est habitué à subir les aléas du climat au point de voir son PIB toujours chahuté par l’effet pluviométrique. Voilà qui donne toute son importance à la formule consacrée par de mauvaises langues. Ici, que ce soit du haut de l’Atlas ou au bas des pâquerettes dans le Saiss, « gouverner n’est pas prévoir, c’est plutôt pleuvoir !» Soit.
On comprend dès lors les raisons pour lesquelles nombre de villes et de villages se sont transformées en de véritables piscines à ciel ouvert une fois que quelques trombes de pluie ont fait leur apparition. Que voulez-vous, un bon gestionnaire marocain ne peut pas prévoir. Même si on peut louer les services météo qui assurent des alertes quotidiennes. Tenez, est-il normal que dans une métropole comme Tanger l’on puisse encore rouler dans des ruisseaux qui parcourent les venelles de la cité pour transformer les boulevards en véritables lacs ? Pourtant, il a suffi que quelques millimètres s’échappent des cumulus qui ont pris en otage la capitale du Détroit pour que les milliards de dirhams investis dans la mise à niveau urbanistique s’évaporent comme par miracle. C’est à croire que les lanceurs des chantiers, les superviseurs des travaux et les contrôleurs n’ont rien voulu voir venir. Du coup, on bascule dans la gestion des urgences pour déboucher tel quartier, siphonner tels lacs artificiels, éponger les caves… Bref, éviter la paralysie !
Bien entendu, ce qui vaut pour Tanger vaut aussi pour d’autres villes de plus ou moins grande importance. Une question reste, cependant, en suspens. Qui accabler? Faut-il se contenter de maudire le Ciel pour avoir programmé un déluge qui a vite fait de dévoiler les limites du replâtrage pompeusement annoncé comme un programme de mise à niveau ? Où faudra-t-il exiger des comptes de ceux qui, au nom d’opérations de requalification du tissu urbain, mobilisent des budgets colossaux pour un embellissement des plus trompeurs ?
Difficile de prévoir, là aussi, la moindre réponse. Même si tout marocain moyen sait que le mauvais sort qu’il subit n’a rien à voir avec le changement climatique. Mais plutôt avec le changement de mentalité des élus et responsables locaux appelés à gérer la chose urbaine. La reddition des comptes étant un exercice encore tout neuf, on a peur de le libérer du cellophane dans lequel il reste emmitouflé. Quel dommage !

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