l’émergence en question: Cherche croissance désespérément

l'émergence en question: Cherche croissance désespérément
Si pour la plupart le Maroc est bien partie pour atteindre, à terme, le club des pays émergents, force est de constater que sans une volonté patriotique portée par un rêve commun de renaissance, le Royaume risque de rater son rendez-vous avec l’Histoire… Celle d’une grandeur à restaurer.
Le Maroc cherche à actualiser son modèle de développement. Après plusieurs appels à l’introspection émis par le Souverain, la question de l’émergence refait surface dans le débat national. Thème central d’un colloque international, l’accès du pays au club des émergents ne peut être le résultat d’un modèle préconçu de développement calqué sur des expériences externes. Chaque pays, en fonction de ses spécificités, doit construire son propre modèle. Tous en conviennent. A cet égard, les dimensions culturelle et identitaire sont déterminantes dans la pertinence et la réussite d’un modèle donné. Pour la «Maison Maroc », si le Roi a tracé les piliers sur lesquels repose le modèle de développement national, il n’en demeure pas moins qu’il faille les opérationnaliser à travers les multiples réformes à engager. Dès lors, l’instauration d’un climat de sécurité et de stabilité, la mise à niveau du capital humain et la promotion d’une gouvernance efficace autour d’institutions fortes et compétentes, voilà autant d’axes autour desquels s’articule la vision royale du modèle marocain à même de permettre au pays d’intégrer le club des pays émergents. Dans ce sens l’accélération de la mise en place des chantiers structurants de croissance est inéluctable et devrait, en principe, répondre à plusieurs équations avec des arbitrages que seul le courage politique pourra contribuer à résoudre. Il s’agira d’opter pour des politiques publiques dans les domaines des politiques macro-économiques, sectorielles et sociales ainsi que celui des infrastructures, articulées autour de la satisfaction des besoins essentiels des populations et tournées vers la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales et spatiales. L’objectif essentiel, pour tout modèle de développement, consiste à mettre en place les conditions de vie favorables aux citoyens. Pour ce faire, il s’agira de trouver des compromis entre les diverses priorités intrinsèques au modèle comme c’est le cas dans le choix entre des réseaux d’infrastructure d’envergure et des liaisons routières à caractère social, des projets nouveaux et des projets de maintenance, l’accompagnement des grands pôles sectoriels et la prise en compte de la répartition équitable des ressources, la libéralisation des services publics et la sauvegarde des services déficitaires… Voilà autant d’arbitrages et de chantiers à présenter dans les programmes électoraux des différents partis à l’orée des prochaines élections législatives.
Atouts et défis
Le modèle de croissance marocain a mis du temps à se mettre en place. Après une période de forte intervention de l’Etat, avec le protectionnisme comme marqueur, une crise financière aigue de l’Etat pour cause de surendettement, une phase d’abondance des ressources et d’investissements publics importants et, enfin, une phase post-crise caractérisée par la fragilité des équilibres macro-économiques, l’heure est à la révision du modèle de croissance national. Dans l’état actuel des choses, les principaux atouts du pays consistent en une stabilité politique et une situation géostratégique exceptionnelle favorable au développement des investissements étrangers. Mais il serait réducteur de les confiner à ce seul seuil. Car le pays est aussi doté d’infrastructures de qualité (Port Tanger Med, centrale thermodynamique, TGV, station photovoltaïque d’envergure, etc.), son économie est ouverte sur l’international et des accords de libre-échange (51 accords) capables d’attirer les investisseurs, un capital humain jeune, un potentiel de croissance important dans plusieurs secteurs (notamment industriel et agricole) et, enfin, un secteur financier solide et dynamique. N’empêche, ces atouts sont fragilisés par plusieurs carences qui appellent à être dépassées. Comme c’est le cas pour l’inadéquation de l’éducation et de la formation aux besoins du marché, malgré l’importance relative des moyens investis dans ce domaine. Outre la persistance des inégalités sociales, de la corruption, des inégalités entre les sexes… La croissance économique demeure volatile, caractérisée par une faible création d’emplois et d’une réglementation du marché de l’emploi contraignante. Le pays souffre aussi du manque de cohérence et d’alignement des efforts face aux difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des réformes. Son tissu industriel est toujours fragile et ne dispose pas encore d’une taille critique à cause notamment de l’importance du secteur informel. Et, enfin, l’économie nationale est caractérisée par un faible taux d’investissement des opérateurs nationaux au regard des efforts d’investissement fournis par le secteur public. Afin de parer à l’ensemble de ces difficultés, il est nécessaire d’accélérer le train des réformes tout en respectant les lignes tracées du modèle de développement national.
Un modèle et des hommes
N’étant pas une finalité en soi, ce processus de développement passe inéluctablement par l’identification claire et précise des ambitions du pays, le tout assorti d’une vision immaculée et stratégique des objectifs de la nation. Cette vision, si limpide dans les multiples discours du chef de l’Etat, semble ne point trouver de résonance dans les autres arcanes du pouvoir. Faisant que la traduction de ce modèle, sensé tomber sous le sceau du consensus national, loin des clivages et autres intérêts égoïstes que peuvent avoir les représentants des forces vives du pays, n’est pas à l’ordre du jour des débats. Ce constat dressé avec brio par Hassan Abouyoub reflète, à lui seul, l’état calamiteux des indicateurs de développement du pays qui, malgré les efforts consentis, le placent toujours parmi les pays en voie de développement. Des interférences en matière de vision font perdre au pays des années de croissances dans tous les domaines et l’enfoncent dans ses déséquilibres budgétaires, spatiaux et humains. Dès lors, il est désormais impératif de soumettre le modèle de développement à adopter à un débat responsable à l’issu duquel les priorités stratégiques de la nation trouveront consensus et engagement total du pays. Qualifiées de prioritaires, ces priorités doivent bénéficier de l’adhésion patriotique de tous pour rattraper les temps perdus. Hassan Abouyoub a rappelé, à juste titre, que la principale cause de l’effondrement de l’économie nationale durant les années 80 fut l’absence de cohérence des politiques publiques. Dès lors, le parallélisme avec la situation actuelle est évident : « les mêmes conditions produisent les mêmes effets, dans le sens où sur les grands objectifs stratégiques il est impératif que le gouvernement, les syndicats, les entreprises et la société civile trouvent un consensus jumelé à une cohérence infaillible, c’est le cas de dossiers tels que l’éducation, la justice, la politique de redistribution des richesses… Il s’agira d’engager les vraies réformes et de dépasser le stade de la politique politicienne pour parer au déphasage entre vision royale et exécution par les politiques au pouvoir… Il est naturel d’avoir des divergences mais pas quand il s’agit de la viabilité d’un état». Pour H. Abouyoub, les partis politiques doivent jouer leur rôle de proximité avec les citoyens afin de les impliquer dans le processus de transformation du pays en les aidant à comprendre les enjeux des réformes à engager et procéder ainsi à l’exercice de la vraie démocratie via les urnes. Or la réalité fait que les citoyens du pays ne sont pas impliqués dans l’exercice du pouvoir comme le démontre le taux d’abstention énorme à chaque élection. Et pour cause, l’absence de projets viables chez les politiques associés à leurs comportements médiocres qui sapent la confiance des citoyens quant à la chose politique : « Il faut restaurer la dignité et la noblesse de l’action politique, en dépit de la démission des élites nationales qui ont abandonné le jeu par manque de confiance et de vérité… La somme de nos maux réside dans les partis politiques ». Cette sclérose, ainsi dénoncée, explique-t-elle, à elle seule, les ressorts du déclinisme marocain ? Assurément non. La conjonction de plusieurs facteurs contribue à bloquer le pays. En tête desquels on ne sait que regretter l’absence d’un vrai projet de société, ce rêve commun qui scelle un récit national de combat pour en découdre avec le sous-développement et ses miasmes.

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