Les Algériens dans la rue pour le 2è vendredi du ramadan : Une marche de plus ?
Les Algériens dans la rue pour le 2è vendredi du ramadan : Une marche de plus ?

A la veille du traditionnel « vendredire », les Algériens se mobilisent pour manifester massivement dans les principales villes pour se faire entendre par les « gestionnaires » de la période transitoire et faire aboutir leur principale revendication qui consiste à faire dégager un système vermoulu par l’incompétence et la corruption toutes deux endémiques.

On notera qu’avant l’explosion de la colère du vendredi, des manifestants ont affronté à coups de pierres la police, et incendié la sous-préfecture de Tinerkouk à environ 800 km au sud d’Alger. Au moins 24 policiers ont été blessés, dont quatre grièvement, et une sous-préfecture a été incendiée, lors de violences entre les forces de l’ordre et des chômeurs qui réclamaient des emplois depuis mi-avril. Autant dire que la tension est loin de se concentrer à Alger, toujours sous les feux des projecteurs.

On soulignera également que le système tente de se rattraper aux yeux de l’opinion en serrant la vis du contrôle tous azimuts, histoire de rappeler sa puissance, et en jetant en pâture quelques acteurs politiques et des supérieurs dans l’armée, comme dans les renseignements, sur lesquels pèsent de lourdes charges de « complot contre le pouvoir ».

Dans le sillage de ces opérations de « charme », on notera que les services de sécurité ont procédé, durant le week-end dernier, au retrait des documents de voyage à tous les DG des banques publiques et privées. Cette « décision préventive » qui a concerné les responsables des établissements bancaires n’est que le prélude à leur mise en demeure dans les enquêtes liées au financement de certains projets où fleur bon corruption et népotisme. Les médias se sont également fait l’écho de la convocation mardi dernier, par la section de recherche de la Gendarmerie nationale de Bab Jdid à Alger, des anciens chef de gouvernement Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal. Cités par le patron de l’ETRHB, Ali Haddad. Les deux anciens responsables sont soupçonnés d’être liées à des affaires de dilapidation du denier publics et de fraude, notamment dans des dossiers de marchés publics.

Voilà donc pour l’ambiance crispée dans laquelle la manifestation de vendredi aura lieu. L’élan populaire reprendra de plus belle. La semaine dernière, premier vendredi de Ramadan, l’ampleur de la participation des Algériens aux marches à travers le territoire a surpris. Ni le jeûne ni la chaleur n’ont atténué la ferveur des protestataires à Alger, comme partout ailleurs, chaque vendredi confirmant la détermination d’un peuple à « libérer son pays du système ». Les slogans, chants et pancartes arborées à l’occasion sont autant de mots d’ordre formulant une vie politique en grand chamboulement.

Les noms vilipendés vont au-delà de Abdelkader Bensalah, actuel chef de l’Etat par intérim et Nourredine Bedoui, Chef du gouvernement, pour toucher directement Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major. Décrié malgré ses sorties médiatiques naguère hebdomadaires, le puissant vice-ministre de la Défense est accusé de « ruser » pour « sauvegarder le même système politique ». L’assiduité avec laquelle les Algériens sortent s’exprimer chaque vendredi exprime donc une véritable détermination de ce mouvement à imposer une donne inévitable. Celle que les étudiants exigent chaque mardi pour l’avènement d’une 2è République.

Ce vendredi, la parole sera de nouveau au Hirak. La transition politique est toujours dans l’impasse. Il reste aujourd’hui évident que l’option de l’élection présidentielle du 4 juillet, pour rester dans un cadre strict de la Constitution actuelle, est engagée. Il n’apparaît en tout cas aucun signe probable qui démontre que le pouvoir pense à une alternative à l’impasse du 4 juillet. Si l’on excepte l’embarras des autorités sur une opération électorale visiblement vouée à l’échec…

Maintenant que l’impasse semble inévitable et l’agenda du régime compromis, des interrogations surgissent depuis quelques jours sur la représentation du mouvement populaire, sa structuration ou encore sur l’évolution de la situation politique dans les prochaines semaines et sur la manière dont sera éventuellement organisée une hypothétique période de transition.

Face aux partisans du statu quo et au déphasage des partis politiques, incapables de peser sur le cours des événements pour diverses raisons, la société civile n’est pas à cout d’idées. C’est dans ce contexte que s’inscrit la conférence nationale que projettent d’organiser une trentaine d’associations et les organisations syndicales regroupées autour de la Confédération des syndicats autonomes. L’idée est née le 27 avril dernier au cours d’une réunion des dynamiques de la société civile. Si le défi s’annonce laborieux, les tenants du système qui tente de décrédibiliser toute représentation à l’exception de la sienne, s’engagera-t-il dans un dialogue responsables ?

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.