Les étudiants occupent la rue d’Alger 
Les étudiants occupent la rue d’Alger 

La vitalité du mouvement estudiantin algérien ne connaît pas de limite. Ainsi, durant le mois de Ramadan, les étudiants ont décidé de faire monter la pression sur le système en place en décidant d’occuper la rue « jusqu’au départ du régime », assurent-ils.

On n’est plus face aux traditionnelles manifestations du mardi, la jeunesse ayant décidé d’occuper les espaces d’Alger tous les jours même s’ils savent que les policiers antiémeute seront présents pour les faire évacuer de la place Khemisti, voire pour les déloger aussi de la petite place qui fait face à la Grande-Poste.

Cette lame de fond a été l’œuvre des étudiants de l’université des sciences et de technologie Houari Boumediène (USTHB), rejoints vite par ceux d’Alger 3 (Dély Ibrahim). Les marcheurs, rejoints par des citoyens, ont réitéré les mêmes mots d’ordre sortis lors des dernières manifestations : «Viva l’Algérie, yatnahaw ga3» (Qu’ils partent tous !), «Makach chourba, makach lham lahlou, hata tarahlou» (Pas de chorba, pas de viande sucrée, jusqu’à votre départ), «Justice de transition indépendante, non à une justice sélective»…  Même le chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, a essuyé les foudres des manifestants. «Sorry, sorry Gaïd Salah, cha3b machi djaiah, goulna yatnahaw ga3» (Sorry, sorry Gaïd Salah, le peuple n’est pas dupe et on a dit : qu’ils partent tous), ont tonné les étudiants. Les «hirakiens» en herbe, qui ont démontré leur forte détermination à accompagner le mouvement populaire, de manière pacifique.

La proposition de sortir tous les jours de la semaine est en discussion sur les pages Facebook, alors que dans plusieurs facultés, les examens sont en préparation (14 mai). La plupart des autres facultés algéroises ont repris les cours, mais les partisans du hirak sont déterminés  à poursuivre leur action sous le slogan Koulyoum massira hata tarahlou» (Chaque jour une marche jusqu’à votre départ)…

En face, le pouvoir tente de jouer le temps. Et donc l’essoufflement du mouvement contestataire. C’est la raison qui pousse le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, a s’inscrire en faux vis-à-vis de la volonté du peuple, en réaffirmant, suivant en cela le chef d’état-major, le maintien de la date de la présidentielle. Un aveuglement, jugent nombre de formations politiques. Le RCD considère que le nouveau chef de l’Etat est en déphasage total avec les revendications de la rue. «Le peuple exige le départ du système et de tous les visages qu’incarne le système, Bensalah et Gaïd Salah inclus.  La transition démocratique ne peut être aucunement initiée par le système en place et ne peut se réaliser qu’en dehors et contre ce fonctionnement clanique qui a ruiné le pays», clame Yassine Aissiouane du RCD, pour qui l’urgence n’est pas l’élection présidentielle, mais le départ du système et la réappropriation de la décision. De son côté, le FFS répond à l’offre de dialogue lancée par Bensalah en soulignant, via Hakim Belahcel, premier secrétaire de ce parti, qu’un vrai dialogue, ne peut pas et ne doit pas se faire avec ou à travers des personnages qui sont viscéralement et radicalement désavoués par la majorité du peuple algérien. «Ceux qui s’attendaient à voir et à entendre des décisions salutaires de la part de la nouvelle façade du système, se sont au final rendus à l’évidence de leur grande déroute. A travers son discours hebdomadaire de mardi dernier, le chef d’état-major de l’armée avait déjà mis en relief ce que devait être la lame de fond de la ‘‘dissertation de bonnes intensions’’ lue ce dimanche par Abdelkader Bensalah», affirme Belahcel.

Le FFS constate avec consternation que les décideurs actuels, qui sont exclusivement issus du cercle fermé de l’état-major de l’armée restent résolus à exécuter et à imposer leur propre feuille de route.

La formation de feu Aït Ahmed accuse le pouvoir militaire d’avoir opter pour la multiplication et la diversification des opérations judiciaires spectaculaires que de s’intéresser aux revendications pacifiques démocratiques et légitimes des millions d’Algériennes et d’Algériens. «Le clan dominant utilise vicieusement la révolte populaire enclenchée le 22 février comme prétexte pour laminer toute rivalité et toute défiance à l’installation d’un autre ordre établi. Celui qui aspire à instaurer une nouvelle dictature et un autre régime totalitaire», souligne le premier secrétaire du FFS. Pour les responsables de ce parti, le discours de Bensalah a réitéré la volonté et l’entêtement des décideurs à aller vers une élection présidentielle à travers laquelle ils souhaitent sceller définitivement le destin de notre patrie et la livrer ainsi à un autre processus d’asservissement et de totalitarisme. Dès lors, le FFS juge que cette présidentielle ne mobilisera que ses promoteurs et sa clientèle, car les attentes des revendications populaires démocratiques et légitimes, signifiées massivement depuis le 22 février dernier, ne peuvent nullement être prises en charge par l’organisation d’un autre simulacre électoral. Seule l’amorce d’un véritable processus démocratique de transition est à même de réunir les conditions d’un vrai consensus national.

De son côté, le Parti des travailleurs (PT) trouve que le discours du chef de l’Etat par intérim sonne comme une fin de non-recevoir aux aspirations de l’écrasante majorité qui veut se libérer du carcan du système décomposé et du régime présidentialiste autoritaire et antidémocratique et de sa Constitution dans laquelle les partisans du maintien du statu quo veulent l’enfermer telle une camisole de force. «Ainsi, Bensalah, sur un ton martial et contre l’avis de l’écrasante majorité, annonce le maintien de l’élection présidentielle du 4 juillet prochain, confisquant le droit du peuple de trancher sur la nature du régime et donc des institutions à mettre en place. Dans le même temps, la fermeture des espaces publics en marche traduit des velléités de bâillonner l’écrasante majorité», note le PT, persuadé que seule la poursuite de la mobilisation massive et unitaire est capable de stopper la contre-révolution en marche et d’imposer la victoire de la révolution du 22 février. C’est-à-dire, le départ de tout le système pour que s’exerce enfin la souveraineté du peuple qui se dote des institutions dont il définit lui-même la forme et le contenu.

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