Les étudiants ont entonné l’hymne algérien: Et exigé le départ du système…
Les étudiants ont entonné l’hymne algérien: Et exigé le départ du système…

Les mardis se suivent et se ressemblent en Algérie. Le 37è en date n’aura pas dérogé à la règle puisque les étudiants, appuyés par des citoyens, ont battu le pavé à Alger pour réclamer la fin du système, ainsi que la libération des détenus d’opinion, et un Etat civil.

Excédés par un système dévitalisant et croulant sur lui-même, les Algériens n’en finissent pas de décolérer. Et les étudiants ne sont pas en reste puisqu’ils ont surfé dès le départ sur la vague de la contestation populaire.
Aujourd’hui, au 37è mardi de la colère, ils ont renoué avec les débats publics.
Surtout que le système que le peuple vomit s’accroche à son agenda de la présidentielle de décembre, élection érigée en véritable sortie de crise politico-institutionnelle.

Pour les étudiants, comme pour le reste de la population qui rêve de l’avènement d’une 2è République débarrassée des miasmes d’un système par trop asphyxiant, la présidentielle est une chimère.
Quand bien même le système cherche par tous les moyens de faire valoir sa feuille de route pavée de changements qui, bien souvent, prennent la forme d’un simple ravalement de façade.
Comme c’est le cas pour la mise à l’ombre de nombre de figures du système, inutiles pour la validité de l’agenda auquel s’accroche le système.

En tout cas, force est de rappeler que la dernière  « branche morte » sacrifiée sur cette voie-là n’est autre que Khalida Toumi, ex-ministre de la Culture, qui rejoint la longue liste des personnalités jetées en prison pour dilapidation de fonds publics.
Depuis que Bouteflika a été déboulonné le 2 avril dernier, la justice algérienne a été actionnée pour lancer des poursuites à l’encontre de nombreux hommes d’affaires et anciens hauts-responsables de l’État, dont de puissants généraux ayant géré le fameux DRS, service de renseignement qui faisait la pluie et le beau temps en Algérie. Et il faudra s’attendre à ce que d’autres têtes de l’ancien système tombent à l’approche du prochain vendredi de la colère.

On notera cependant que le système judiciaire algérien n’a pas résisté, lui non plus, aux pressions du système. D’où la grève des magistrats qui entame sa deuxième semaine dans la crispation.
En effet, à Oran, la gendarmerie n’a pas été tendre, dimanche dernier, avec les grévistes. Les réactions de la corporation, du monde syndical et d’une partie de la classe politique à l’agression des magistrats à Oran ont été à la hauteur de la gravité de l’incident.

Si les candidats à l’élection présidentielle gardent le silence, ce qui les décrédibilise davantage aux yeux des électeurs, le ministère de la Justice que dirige le contestable ministre Belkacem Zeghmati a fini par réagir en tentant de calmer le jeu…
Un geste qui arrive en retard puisque le départ du responsable est exigé comme condition pour toute reprise du dialogue.
Une demande partagée par le Club des magistrats (CDS) qui a eu une réaction plus virulente, dénonçant un « comportement lâche et despotique des sbires du ministère de la Justice » et une « barbarie » sans « précédent dans le monde, qui n’a pas eu sous dans les plus grandes dictatures ».
Pour le CDS, il s’agit là d’un motif pour le « renvoi rapide du ministre illégal, dont le maintien en poste constitue une menace pour l’institution judiciaire et la stabilité des institutions importantes et sensibles de l’État ».

Issad Mabrouk, président du Syndicat national des magistrats (SNM), a accusé le ministre de « gérer le ministère avec la mentalité d’un procureur général arrogant ». Pour le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), il s’agit d’une « atteinte grave à la souveraineté du pouvoir judiciaire et à son indépendance, et un précédent dangereux dans l’histoire de la magistrature au niveau international », qui nécessite « l’ouverture d’une enquête ».

Des voix se sont aussi élevées en dehors de la corporation pour dénoncer ce qui s’est passé à Oran.
L’Union nationale des ordres des avocats (UNOA) considère le « comportement » de la force publique comme une « atteinte dangereuse à la souveraineté du pouvoir judiciaire ». Noureddine Benissad, président de la LADDH, évoque « du jamais vu ».
« Des forces antiémeute dans une enceinte judiciaire, des images qui ternissent la symbolique de la sérénité et la sacralisation d’un lieu de débats apaisé. Le glaive a apparemment pris le dessus sur la balance », dit-il.

Le président du SNM a rappelé que l’objet principal du mouvement c’est l’indépendance de la justice, expliquant que l’annulation des mutations n’est pas la revendication première des magistrats.
« C’est juste la goutte qui a fait déborder le vase. Nous avons dit que, depuis l’indépendance, la justice n’a jamais été indépendante comme il se doit.
Nous espérons que cette étape sera le point de départ pour une justice indépendante en laquelle tout le monde aura confiance
», a-t-il expliqué.
I. Mabrouk énumère une série de griefs contre B. Zeghmati et dira que des choses très graves se passent dans le secteur : « Nous avons appelé au départ du ministre de la Justice parce qu’il exerce ses fonctions de ministre avec la mentalité du procureur général arrogant, et j’assume ce que je dis. On ne dirige pas le ministère de la Justice comme on dirige le parquet général.
L’Histoire retiendra que, durant son mandat, des procureurs de la République ont été installés par la police judiciaire. Des choses incroyables se passent et traduisent l’anarchie et l’absence de discernement. Or, c’est le manque de discernement qui a mis l’Algérie dans cet état
».

Dans un post publié mardi sur sa page Facebook, l’avocat et militant des droits de l’Homme, Mokrane Ait Larbi, a adressé une lettre aux magistrats (en grève depuis 3 jours) dans laquelle, il les interroge sur l’incarcération des détenus du Hirak.

« Pour la première fois dans votre histoire, vous avez décidé d’une grève qui a été suivie par 98% des magistrats. Ce taux de suivi est la prouve incontestable de la souffrance et des pressions exercées par le pouvoir politique par le biais du ministère de la Justice », a écrit Me Ait Larbi.
« Comme d’habitude, je vous soutiens dans vos revendications socio-professionnelles, et particulièrement, celles en lien avec l’indépendance de la Justice. Je pense que le peuple, au nom duquel vous jugez, et en l’absence de sa volonté, vous soutiendra dans toutes vos revendications, si votre premier et dernier objectif est d’établir la justice parmi la population, sans discrimination aucune, et de rejeter les instructions illégales, quelle que soit leur émanation », a ajouté l’avocat.
Mais « comment justifiez-vous l’incarcération d’un héros de la révolution de libération, le Moudjahid Lakhdar Bouregaâ, à l’âge de 86 ans à cause de ce mot? »…

Les tunisiens solidaires

Dans un communiqué signé par son président Anas Hamadi, l’Association des Magistrats Tunisiens (AMT) a condamné l’intervention des gendarmes antiémeute dans la cour de justice d’Oran pour évacuer les magistrats grévistes.

Exprimant son soutien aux magistrats algériens, l’association a condamné ces pratiques «dangereuses»qu’elle considère comme une « atteinte à la dignité et au statut des juges en tant qu’autorité de l’État et en tant que symbole de justice ».

L’AMT a exprimé son soutien total aux juges algériens dans la défense de leur indépendance sous toutes ses formes légitimes pour instaurer un pouvoir judiciaire indépendant et affirme sa solidarité absolue à l’égard des magistrats algériens contre l’oppression dont ils font objet.

L’Association des Magistrats Tunisiens a appelé les autorités algériennes à « mettre immédiatement un terme à ces violations graves et à juger toutes les personnes impliquées, comme elle a appelé l’Union internationale des Magistrats à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les juges algériens de toutes les violations dont ils sont victimes pour avoir revendiqué leur indépendance ».

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