L’ombre russe plane sur le « Northern Wind » : Lorsque le baroud tonne dans l’Arctique

Au nord de la Suède, des exercices militaires plutôt inhabituels ont lieu en ce moment.
Au nord de la Suède, des exercices militaires plutôt inhabituels ont lieu en ce moment.

Au nord de la Suède, des exercices militaires plutôt inhabituels ont lieu en ce moment. Les pays scandinaves ont une tradition pacifiste, parfois même de neutralité, et ce ne sont pas les premiers auxquels on pense lorsqu’on parle d’opérations militaires. Mais les temps changent. En Laponie, où ces forces s’entraînent dans les conditions d’un environnement arctique, on n’avait pas vu tel rassemblement depuis près de trente ans.

D’importants contingents norvégiens, suédois et finlandais, appuyés par des commandos britanniques et des Marines américains, ont participé pendant une semaine à des manœuvres militaires au fond du golfe de Botnie. Une première depuis près de trente ans. Quelque 10 000 hommes ont participé pendant huit jours aux manœuvres baptisées « Northern Wind », qui se sont tenues au fond du golfe de Botnie, à la frontière avec la Finlande. L’exercice, qui a pris fin mercredi, a mobilisé 3000 Suédois, mais surtout un important contingent de Finlandais et de Norvégiens, appuyé par des commandos britanniques et des Marines américains.

Dans cette zone de forêt arctique, ce déploiement de forces, accompagné de véhicules blindés et d’un appui aérien, n’est pas passé inaperçu. «Cet exercice de l’armée suédoise, en conditions hivernales, est le plus important organisé dans cette région depuis 1991», s’est félicité le colonel suédois Stefan Smedman. «J’ai traversé ma frontière avec 1500 soldats, a ajouté son homologue finlandais Jari Osmonen. Cela n’était pas arrivé depuis la Seconde Guerre mondiale.»

Le but de Northern Wind est de tester l’interopérabilité des armées scandinaves, et leur capacité à braver les conditions de l’hiver arctique, particulièrement enneigé cette année. «Faire évoluer une brigade entière dans ces régions est un défi, remarque Robert Frisk, analyste au FOI, l’Agence de recherche suédoise sur la défense. A cause du climat, mais aussi des longues distances à couvrir et des routes, beaucoup plus rares.» Dans le scénario de cet exercice, Suède et Finlande mobilisent leurs troupes après une attaque venue de l’est et doivent affronter un ennemi joué par les Norvégiens. Avec insistance, S. Smedman rappelle qu’il s’agit d’un «scénario fictif obéissant à notre nouvelle priorité, qui est la défense du pays. Ce n’est pas une agression des Russes», précise-t-il.

C’est pourtant bien le puissant voisin, dont les frontières ne sont qu’à 300 kilomètres, qui est dans la tête de tous ces militaires vêtus de blanc camouflage. En février, un Sukhoï russe s’est approché à moins de 20 mètres d’un avion de reconnaissance suédois. Le même mois, un supposé espion travaillant pour Moscou a été arrêté dans un restaurant de Stockholm. Depuis plusieurs semaines, les autorités norvégiennes dénoncent aussi un brouillage GPS à leur frontière nord, qui met en danger les avions de ligne.

Comme l’expliquaient le 19 mars dernier les ministres norvégiens et suédois de la Défense, dans une tribune commune, «la détérioration de la sécurité dans notre région a poussé plusieurs pays nordiques à reconsidérer leur politique […] et à se recentrer sur la défense des frontières.» Si la Finlande, qui partage 1300 kilomètres de frontière avec la Russie, n’avait jamais baissé la garde et si la Norvège est protégée par son appartenance à l’OTAN, c’est en Suède que cette nouvelle doctrine a eu le plus d’impact. Le service militaire, abandonné à la fin de la guerre froide, a été rétabli en 2017. Le royaume veut aussi doubler son nombre de soldats pour atteindre un effectif de 120 000 engagés d’ici à 2035. Quant au budget de la Défense, il est reparti à la hausse.

En 2017, la Suède avait déjà organisé un important exercice militaire dans le sud du pays. L’année dernière, ce sont les troupes de l’OTAN qui s’installaient en Norvège. Ces manœuvres arctiques, pour R. Frisk, marquent une étape de plus dans la préparation des forces armées suédoises, et scandinaves: «Avec le réchauffement climatique, l’ouverture de nouvelles routes maritimes, l’accès à de nouvelles ressources minières et énergétiques, l’Arctique est devenu une priorité, conclut R. Frisk. C’est une région d’importance stratégique pour l’armée suédoise et il faut s’assurer que nous sommes en capacité de la défendre, aussi bien que le reste du pays.»

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