Lorsque A. Benkirane fend en larmes : Entre pathos et éthos

Lorsque A. Benkirane fend en larmes : Entre pathos et éthos
Les Marocains sont des observateurs très subtiles et savent, dès lors, séparer le bon grain de l’ivraie. Une réalité que renforce la dimension rurale, où plutôt rurbaine, de l’esprit collectif. Celui qui permet aux uns et aux autres de lire dans le pathos d’un Abdelilah Benkirane comme dans un livre. Et d’interpréter sans failles les dérives de son éthos. 
Dans les sorties toujours tonitruantes d’Abdelilah Benkirane, il n’est pas rare de voir la « bête politique» qu’il est étaler au grand jour ses sentiments. Dans une même place et sur une même estrade, il n’est pas rare de le voir éclater d’un rire hystérique au point de pouvoir compter ses dents de sagesse pour replonger illico dans un état dépressif où les larmes coulent de ses yeux comme pour laver les stigmates d’une colère refoulée. A chaque fois que le souvenir de son compagnon de route Baha est invoqué, le chef du gouvernement désigné, et c’est humain, hoquète et laisse libre cours à ses glandes lacrymales… A. Benkirane, dans sa quête effrénée pour asseoir sur des bases solides une popularité volatile, tout politique qui se respecte y consent, joue la carte de la proximité quitte à arracher le tambourin de la main d’un membre d’une troupe de danse pour battre le rythme. Serait-ce sa part d’éthos que le leader des islamistes voudrait bien étaler à l’appréciation du plus grand nombre ? On serait plus enclin à n’y voir que du folklore ! Car A. Benkirane croit fermement que c’est la bénédiction divine qui a forgé son leadership et que c’est un signal des Cieux si son charisme se renforce au lieu de perdre de son lustre du fait de l’usure du pouvoir. Est-on face à un « politique augmenté » qui agirait comme le fameux Mehdi que la croyance renvoie sine die à mesure que les siècles succèdent aux siècles ? Seuls ses thuriféraires peuvent, s’ils consentent, y croire… Quant au commun des mortels, gageons que pas un parmi eux n’assimile à de la sincérité la théâtralisation des saillies du patron du PJD. Et ses larmes de crocodile ne sauraient faire oublier les grands coups qu’il a porté au pouvoir d’achat de la majorité qui ne peut, mais…
Mais revenons à ses discours que bien des plumes serviles assimilent à des leçons de démocratie pour voir de quoi est faite sa « boite à outils » idéologique éminemment teintée de faconde théologique. C’est par la volonté de Dieu que le PJD réussit à écraser électoralement ses adversaires. Dans sa bouche, pareille affirmation prend une dimension onirique quasi messianique alors qu’en politique, exercice humain par excellence, la théologie doit rester au placard. Mais notre hère ne s’y retrouve que lorsqu’il fait parler Ibn Taymiya, idéologue en chef des Frères musulmans. Dès lors, assimiler le PJD à une antenne locale d’une Confrérie mondiale serait, à ses yeux, une erreur de jugement.
Tribunicien dans l’âme, alors que la gauche a déserté depuis des lustres cette pratique au motif d’un salutaire basculement vers l’ivresse gestionnaire, A. Benkirane s’acharne à ce que ses interventions dans les discussions parlementaires ressemblent en tout point au discours d’une campagne électorale prononcé dans une place publique. Comme tous les politiques envahissant, il a tendance à vouloir tirer profit des espaces de parole qui lui sont offerts quitte à basculer dans les dérives passionnelles. Le risque pris ainsi semble calculé même si les lois de la parole politique se fondent, par définition, sur la raison. L’essentiel pour lui c’est de chercher à produire des effets sur l’auditeur, à le persuader par la passion et par la rhétorique nourrie autour du « Tahakkoum », rentable à court terme, et à faire exploser sondages et audimètres. Son flux de paroles hyperboliques et le déchaînement pathétique frôlant l’hystérie qui anime ses saillies, finira par lasser. Même s’il y en a qui lui trouvent une excuse en laissant tomber que « Le style c’est l’Homme ». Mais de quel homme s’agit-il lorsqu’on sait que la politique ne se fait pas par les sentiments et la manipulation des esprits. Nos anciens l’ont bien compris en faisant le distinguo entre l’ethos et le pathos. Mais le meccano Benkirane emballe la confusion des genres. C’est aussi patent que pathétique…

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