L’inauguration du nouveau siège de l’OTAN, en mai 2017, à Bruxelles (plus de 1 milliard d’euros), avait été marquée par la première passe d’armes entre Donald Trump et ses alliés, accusés de ne pas dépenser assez pour la défense collective de l’Europe. Deux ans plus tard, le 70e anniversaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord signé le 4 avril 1949 entre 12 pays membres sous la direction des Etats-Unis (ils sont aujourd’hui 29, dont la Turquie et de nombreux ex-pays de l’Est) n’a pas mobilisé chefs d’Etat ou de gouvernement.

Pour cette corvée, les ministres des Affaires étrangères se sont déplacés à Washington pour saluer l’alliance septuagénaire, conçue hier pour endiguer l’URSS. Si l’Alliance atlantique est toujours considérée, sur papier, comme la puissance suprême, il n’en reste pas moins que le doute taraude ses membres quant à l’efficience du choix de subornation à l’Oncle Sam ? celui qui exige d’eux plus de sous pour… consommer US. En 2018, D. Trump avait ironisé publiquement sur la nécessité de mourir pour le Monténégro, ce petit pays des Balkans tout juste intégré à l’Alliance. Un pied de nez à l’article 5 de ladite alliance appelée à faire preuve de solidarité en cas d’attaque de l’un de ses pays membres.

Les raisons des accès de colère de D. Trump contre l’OTAN – aujourd’hui dirigée par l’ancien premier ministre norvégien Jens Stoltenberg – sont publiques et reprennent les plaintes déjà formulées par Barack Obama. Trop peu de membres de l’Alliance consacrent, selon la Maison-Blanche, les 2% de leur budget prévus pour la défense (ils étaient quatre en 2018: l’Estonie, la Grèce, la Lituanie et le Royaume-Uni).

L’ancien promoteur new-yorkais y a toutefois ajouté une plainte commerciale. Pas question, pour les Etats-Unis, d’accepter que les commandes d’armement des alliés – qui ont promis d’injecter 100 milliards d’euros de dépenses supplémentaires – ne profitent pas en priorité à l’industrie américaine. En octobre 2018, l’achat controversé par la Belgique de chasseurs F-35 a donné le ton. «Trump est obsédé par le complexe militaro-industriel car celui-ci est un réel levier d’emplois. C’est sa ligne rouge», explique Pascal Boniface, auteur de Requiem pour le monde occidental (Ed. Eyrolles). Qu’importent les célébrations des 70 ans de l’Alliance, pourvu qu’il y ait des commandes…

Si les Européens s’équipent davantage, seront-ils toujours d’accord de coopérer étant donné que la perception des menaces, de Varsovie à Madrid, reste aux antipodes?

En plus des relations toujours tendues avec la Russie de Vladimir Poutine, furieux de l’expansion orientale de l’Alliance, un autre nuage assombrit le ciel de l’OTAN en ce printemps 2019: le Brexit. Très proche de Washington, le Royaume-Uni va-t-il prendre ses distances avec l’indispensable effort de défense européen pour éviter de trop dépendre des Etats-Unis ?

Comparé aux 50 ans de l’organisation, célébrés en grande pompe par le président de l’époque Bill Clinton, cet anniversaire, qui réunit uniquement les ministres des Etats membres, s’annonce modeste. Voire morne… Il sonne comme une illustration parfaite de la délicate relation des États-Unis de Donald Trump avec cette organisation historique, à laquelle le dirigeant n’a pas cessé de s’attaquer depuis son entrée en politique.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.