Maroc-Tchéquie: Sonder les opportunités de coopération…

Maroc-Tchéquie Sonder les opportunités de coopération…
Maroc-Tchéquie Sonder les opportunités de coopération…

Le Premier ministre tchèque Andrej Babiš est arrivé mardi au Maroc pour une visite officielle de deux jours à la tête d’une importante délégation de son pays. A son arrivée à l’aéroport de Rabat-Salé, Babiš a été accueilli par le chef du gouvernement Saâd Dine El Otmani.

Une forte délégation accompagne A. Babis à Rabat. Il s’agit notamment de la ministre de l’Industrie et du commerce, Marta Novakova, du secrétaire d’Etat du ministère des Affaires étrangères, Miloslav Stasek, et de l’ambassadeur tchèque au Maroc. Lors de son séjour dans le Royaume, Andrej Babiš aura des entretiens avec plusieurs responsables marocains. Autant dire que Prague cherche à asseoir une coopération fructueuse avec le Royaume.

Qui est A. Babis

Le « Berlusconi tchèque » ou bien le « Trump tchèque », des expressions répétées à l’envie dans de nombreux médias étrangers pour donner une idée du personnage d’Andrej Babiš, dont le mouvement ANO vient de remporter les législatives 2017. Il faut dire que le milliardaire d’origine slovaque, qui a fait fortune dans l’agroalimentaire, magnat des médias et entré en politique au début de la décennie, suscite bien des interrogations.

« Certains poseront sans doute à nouveau les mêmes questions. Pourquoi Babiš fait tout cela ? Il veut encore s’enrichir ? Il veut aider davantage ses entreprises ? Ou alors c’est qu’il veut prendre le pouvoir sur ce pays ? C’est que je serais le plus grand danger pour la démocratie selon l’opposition. Ils vont maintenant connaître la réponse. Elle est très simple […]. Les valeurs d’un homme changent au cours de la vie. J’ai réussi tout ce que je voulais au cours de ma vie. C’est pourquoi j’ai aujourd’hui l’impression qu’il me faut mettre mes forces et mon expérience au service des citoyens de notre pays. »

Dans un tchèque approximatif qui suscite parfois les moqueries, A. Babiš expliquait ainsi son engagement en politique lors d’un discours prononcé au congrès 2015 du mouvement ANO, à l’occasion duquel il avait été reconduit à la tête de son parti, avec ni plus ni moins de 100 % des votes exprimés.

Il est vrai que le natif de Bratislava, où il a vu le jour en septembre 1954, a eu une vie visiblement jalonnée de succès. Dans les pas de son père, le jeune Andrej Babiš, après plusieurs années entre la Suisse et la France et des études en économie, débute une carrière professionnelle dans le commerce international. Membre du parti communiste à partir du début des années 1980, il passe six années au Maroc, où il dirige la délégation commerciale tchécoslovaque. Quand ce parfait francophone revient sur le sol natal, il crée, après la chute du communisme et la division de la Tchécoslovaquie, la société Agrofert, laquelle est promis à un développement rapide, et pas seulement dans l’agroalimentaire puisque le groupe rassemble de nombreuses filiales dans l’industrie chimique ou encore dans l’industrie du bois.

Depuis de longues années, A Babiš, remarié en juillet dernier, est ainsi le deuxième homme le plus riche de République tchèque, avec un patrimoine estimé à plusieurs dizaines de milliards de couronnes. Cette réussite dans les affaires ne lui suffit visiblement pas puisqu’en 2011, le personnage réalise une entrée fracassante en politique. Il accuse toute la classe politique de corruption et lance son mouvement ANO 2011 (« ano » signifie « oui » en tchèque, mais c’est aussi acronyme pour « l’association des citoyens mécontents ») avec l’idée de faire le ménage. Dans la foulée, Agrofert devient un acteur incontournable du monde médiatique avec l’acquisition du groupe Mafra, qui édite notamment Mladá fronta Dnes et Lidové noviny, soit les deux quotidiens d’informations les plus lus du pays, sur lesquels A. Babiš se défend évidemment d’exercer la moindre influence…

Porté par des méthodes de marketing politique très poussées et l’idée de renouveler le personnel politique, le mouvement ANO réalise une percée dès les législatives de 2013. Le parti intègre la coalition gouvernementale dirigée par les sociaux-démocrates et A Babiš en devient le ministre des Finances. Une nouvelle réussite…

Mais pourquoi l’homme d’affaires a-t-il décidé d’investir les médias et la politique ? Dans le documentaire Matrix AB, du réalisateur Vít Klusák, l’homme d’affaires Bohumír Rada, un des nombreux ennemis que M. Babiš s’est attiré durant sa carrière, proposait une autre réponse à cette question :

« Selon moi, il est entré en politique pour garder le contrôle, pour garder la propriété de ses biens. C’est pour moi la chose fondamentale, d’entrer en politique pour pouvoir maîtriser les attaques qui pourraient être conduites contre ses affaires. Personnellement, je suis convaincu que pour rassembler autant d’actifs, cela n’est pas passé par le chemin légal. »

Depuis son entrée en politique, il est vrai que A. Babiš semble avoir été rattrapé par les affaires. Il y a d’abord la question de sa collaboration supposée avec la police secrète communiste, la Stb. La Cour suprême slovaque avait dans un premier temps rejeté cette accusation, avant que, très récemment, son verdict ne soit annulé par la Cour constitutionnelle. Autre caillou dans la chaussure du milliardaire, l’affaire dite du nid de cigognes, du nom de ce complexe de récréation en Bohême centrale : le groupe Agrofert aurait bénéficié pour sa construction de subventions européennes normalement destinées aux petites et moyennes entreprises. Dans cette histoire, A Babiš, qui se défend de toute malversation, vient d’être inculpé par la police tchèque. Grâce à cette affaire, le Premier ministre, le social-démocrate Bohuslav Sobotka, un autre de ses ennemis, a obtenu sa sortie du gouvernement en mai dernier.

Plus généralement, ce sont les multiples conflits d’intérêts du personnage, à cheval entre les sphères économique, médiatique et politique, qui posent problème. Les députés ont d’ailleurs voté une loi sur le sujet qui visait largement A Babiš, lequel a été contraint au début d’année de transférer la propriété du groupe Agrofert vers des fonds fiduciaires. Ce style, le politologue Jacques Rupnik, le qualifie de « populisme entrepreneurial ». Il explique :

« On doit gérer l’Etat comme on gère une entreprise. »

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