Modèle de croissance : Le sésame réside dans l’industrialisation

Modèle de croissance : Le sésame réside dans l’industrialisation
Percer les mystères du modèle de croissance projeté pour le Maroc est un exercice auquel peu d’économistes, de chercheurs, d’organismes, de partis politiques se sont livrés. Ni changement de logiciel, ni alternative crédible n’ont eu lieu. Le Centre marocain de conjoncture (CMC) a osé mettre les pieds dans le plat.
Rythmée par une croissance volatile depuis une quinzaine d’années, l’économie nationale peine à émerger et à permettre l’inclusion sociale. L’impact de cette croissance sur l’emploi ne se fait pas sentir d’une manière tranchée. Le chômage persiste, même durant des années de croissance moyennement forte, et les disparités sociales s’aggravent. Le modèle de croissance, en panne, incite donc au changement. D’autant plus que son principal moteur, à savoir la demande intérieure, est en décélération continue ces dernières années. Les alertes à ce propos ne manquent pas. Ce qui explique, peut être la multiplication ces derniers temps de rencontres traitant du modèle de croissance. Tout le monde appelle à pousser le moteur de la croissance en jouant sur un autre levier que la demande intérieure. Plus facile à dire qu’à faire. Bref, on est face à un diagnostic sans remède miracle. Le CMC a le mérite de troquer les habits des conjoncturistes contre les blouses des laborantins. Lui qui a montré depuis des années les limites du modèle triptyque basé sur le développement du secteur privé, la libéralisation des marchés, et l’ouverture commerciale. La proposition d’aujourd’hui consiste à développer la réflexion sur un modèle baptisé « le nouveau modèle de l’émergence de l’économie marocaine ». Un effort louable qui s’ajoute à d’autres réflexions inscrites dans le même registre : dégager les stratégies d’émergence de l’économie marocaine.
Au-delà du diagnostic
«Le Maroc horizon 2030 : Quelles voies d’émergence? Les scénarios de croissance», voilà la thématique arrêtée pour cette 22ème rencontre du CMC organisée fin mai à Casablanca. Mais, avant d’essayer de répondre à cette question et de définir les différents scénarios, l’heure était (encore ?!) au diagnostic. Après avoir fait un retour sur l’évolution des taux de croissance depuis le début des années 90, (2,8% durant les années 90, 4 et 5% durant les années 2000 et de près de 3 % à partir de 2010), Habib El Malki, a expliqué que « cette volatilité est source d’instabilité et l’instabilité est un facteur qui aggrave la vulnérabilité de l’économie nationale ». Et le président du Centre de préciser que « c’est pour cette raison que des changements structurels s’avèrent nécessaires ».
Dès lors, « comment faire pour que l’économie marocaine soit sur le sentier d’une croissance moyennement forte mais régulière », s’est-il interrogé. «La réponse semblait rapide et schématique, nous l’avions dit depuis des années à travers nos publications et nous la répétons parce qu’elle est basé sur une analyse très approfondie : il faut changer le modèle de croissance ». « Le modèle qui a prévalu jusqu’à présent s’est épuisé. Si «essoufflement » il y a, c’est qu’il est « très difficile de continuer à baser l’évolution de la croissance au Maroc uniquement sur la demande intérieure ». H. El Malki a avancé trois autres raisons qui poussent vers ce changement. Primo, « le Maroc connaît, actuellement, des transformations démographiques très profondes dont on ne soupçonne pas l’impact à moyen et à long termes ». A ses yeux, « l’une des principales manifestations de ces transformations démographiques est un nouveau déséquilibre en faveur de la population urbaine comme le souligne le dernier recensement général de la population. Il y a une nouvelle population avec de nouvelles aspirations et de nouvelles exigences », assure-t-il. « La ville redevient le principal foyer du changement et c’est pour cette raison que la base du système au Maroc dans sa dimension politique, institutionnelle, socio-économique n’est plus la même», a soutenu l’ancien ministre de l’Agriculture. Cette mutation s’est traduite, selon le président de la commission administrative de l’USFP, par le « passage d’une base rurale à une base urbaine ». Dès lors, «il faut en tirer tous les enseignements nécessaires sur le plan politique, institutionnel, social, mais aussi sur le plan environnemental ». Secundo, il a avancé que « le retard du Maroc est fondamentalement industriel et c’est pour cela que nous avons observé ces dernières années une sorte de repli de l’industrie au Maroc », ajoutant que « certains parlent même de désindustrialisation à travers non seulement la stagnation de la part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB, mais même un certain recul d’un à deux points selon les tentatives de chiffrage ». D’après lui, « en dehors des industries métallurgiques mécaniques électriques, à côté de l’électronique, qui connaissent un certain dynamisme, les autres activités manufacturières traditionnelles (textile et agroalimentaire) connaissent des difficultés et reculent de manière significative».
La dernière raison mise en exergue par H. El Malki, pour appuyer l’idée du changement de modèle de croissance, est « la mondialisation ». « Qui dit mondialisation, dit libéralisation des échanges et dans ce contexte, nous le savons tous, les accords de libre-échange sont considérés comme un outil privilégié dans les rapports Nord-Sud, Nord-Nord ou Sud-Sud quel que soit le coût social à côté des avantages économiques». Tout en critiquant le coût social des ALE, qui est nettement plus élevé que leurs avantages économiques, El Malki a laissé entendre que c’est un mal nécessaire, « c’est une arme dans la guerre économique que nous vivons à l’échelle mondiale ».
Croissance potentielle
Alors en quoi consiste ce nouveau modèle d’émergence de l’économie marocaine ? « Le nouveau modèle », tel que l’entrevoit le CMC « est fondé sur la notion de croissance potentielle. C’est une notion d’avenir qui est de plus en plus utilisée, particulièrement depuis la crise de 2007-2008, afin de mettre à profit toutes les marges de production disponibles ». H El Malki précise à ce propos que « l’estimation que le CMC a pu faire dans le cadre de cette étude horizon 2030 est que « si on opte, si on introduit, si on intègre dans la politique monétaire, dans la politique budgétaire, la notion de croissance potentielle, il est possible de réaliser dans la durée un taux de croissance de 7, 3% ». Mais pour que le miracle advienne « seule l’industrie peut jouer ce rôle en poussant les frontières de la croissance encore plus loin », assure-t-il.
Selon lui, l’analyse comparative de toutes les expériences en matière de développement et de croissance dans un certain nombre de pays, au Nord mais aussi au Sud, confirme que « sans l’industrie, il n’est pas du tout possible de stabiliser la croissance, comme il est impossible de procéder aux transformations nécessaires concernant le système productif ».
« Ce modèle d’émergence de l’économie nationale est porteur de modernité parce que l’industrialisation va toucher les grandes et les moyennes villes et, certainement, elle va développer un nouveau salariat ». Ce qui va se répercuter sur le marché intérieur qui va s’élargir, les couches et les classes moyennes vont se développer, et certainement aussi la demande intérieure va rejouer un rôle moteur dans la croissance économique ».
Et si ce modèle est porteur de modernité dans le domaine économique, dans le domaine politique, c’est aussi un modèle qui aura la capacité d’accélérer le niveau de maturité. Et quand on arrive à un stade de la maturité dans les domaines économique et politique, on atteint un point de non retour. Ce qui n’est pas tout à fait le cas aujourd’hui, malgré les efforts et progrès accomplis et réalisés depuis plus de 10 -15 ans. « Seul un modèle d’émergence nationale porteur de modernité peut véritablement atteindre le point de non retour», a-t-il conclu.

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