Mohcine Fikri, une mort de trop ? Pourquoi le Maroc broie ses enfants

Mohcine Fikri, une mort de trop ? Pourquoi le Maroc broie ses enfants
A l’heure où les tractations pour la composition du nouveau gouvernement se déroulent dans les salons feutrés de la capitale, un coup de tonnerre a retenti à El Hoceima avec la mort tragique d’un vendeur de poisson. A la nuit tombée de ce vendredi 28 octobre, la vie de Mouhcine Fikri, trentenaire, allait bousculer les agendas des politiques qui ont compris que le drame, hyper médiatisé, comportait tous les ingrédients d’une explosion populaire. Une triste réalité qui n’a pas été démentie au vu des marches de solidarité qui allaient enflammer les principales artères de Rabat, Casablanca et bien d’autres villes.
La genèse du drame en dit long sur le peu d’estime dont les citoyens sont tenus par des responsables. Une réalité qui, par ailleurs, a été condamnée par un récent discours royal où il a été rappelé que l’administration doit servir le citoyen plutôt que de l’asservir. Interpellé en ce triste vendredi par des agents d’autorité de la ville d’El Hoceima pour avoir bravé l’interdiction de la vente d’espadon (repos biologique oblige) la marchandise saisie a été jetée dans une benne à ordures pour destruction poussant le vendeur, en désespoir de cause, à se jeter dans la benne pour empêcher sa ruine. Mais c’était sans compter avec la mise en marche (accidentelle ?) du broyeur dans lequel son corps allait être happé et s’écraser. Atroce, la fin tragique du vendeur de poisson, filmée par des témoins, fait le tour de la toile. Il ne fallait pas plus pour que la ville d’Al Hoceima entre en ébullition. On crie à l’injustice et à cette « hogra » qui met à rude épreuve le sentiment collectif d’appartenir à un pays où la dignité est respectée. Le Royaume est-il à ce point en perte de repères pour broyer ses enfants ? L’affaire allait prendre une autre tournure… Faisant réagir le Roi qui donna ses instructions pour que Mohamed Hassad, ministre de l’Intérieur, rende visite à la famille du défunt. Accompagné de Charqui Draiss, ému aux larmes, il a déclaré sur place: «Le roi m’a envoyé auprès de la famille du défunt Mohcine Fikri pour, dans un premier temps, leur présenter les condoléances du souverain et sa compassion. Il m’a également chargé de les informer qu’il prenait en charge les frais liés aux obsèques. Dans un deuxième temps, je suis chargé de dire à la famille du défunt que le roi ne peut pas accepter que ce genre de situation se déroule de cette manière ni faire comme si rien ne s’était passé». Et d’ajouter que «le roi ne veut pas que ce genre d’accidents se répète. C’est pour cela que cette enquête ira loin et que les personnes coupables seront sanctionnées».
Le monde politique est en émoi après ce drame dont le pays aurait pu faire l’économie. Mais il faut dire que l’incurie du système a la carapace si dure que même les critiques royales l’effleurent à peine. Puisse cette mort de trop pousser l’Etat à mieux assimiler les vérités que chacun sait. La marmite boue dangereusement avec les dangers que cela comporte. Les Marocains qui ont exprimé leur solidarité avec la mort injuste du poissonnier n’ont fait qu’exprimer haut et fort ce que les urnes n’ont pas encore réussi à dire : la vie ne vaut rien sans le respect de la dignité pour tout un chacun. Le gouvernement à venir doit en tenir compte et agir en conséquence au lieu de pousser le Roi à agir en pompier…

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