Moscou dénonce la présence US en Syrie: Et presse Ankara d’assumer le dossier Idleb

Moscou dénonce la présence US en Syrie Et presse Ankara d’assumer le dossier Idleb
Moscou dénonce la présence US en Syrie Et presse Ankara d’assumer le dossier Idleb

La tension dans le nord syrien n’est pas sans alimenter le courroux et de Damas et de Moscou depuis que la ville d’Alep a essuyé un bombardement chimique qui n’a pas soulevé le même tollé qu’auparavant. Autant dire que les rebelles bénéficient de la sorte d’un « blanc seing » de ceux qui n’hésitent pas à monter des opérations contre Damas au moindre soupçon… Quoi qu’il en soit, à l’issue de la dernière réunion d’Astana, les observateurs notent que la Russie a multiplié les pressions sur Ankara pour assumer ses responsabilités dans le dossier d’Idleb. Et joignant le geste à la parole, l’aviation russe qui a bombardé les positions rebelles à partir desquelles les obus chimiques avaient été tirés sur Alep, a multiplié ses raids au cours des ces derniers jours. La réaction d’Ankara ne s’est pas fait attendre. Le Président turc qui a sans doute assimilé les appels pressants lancés par Vladimir Poutine, y compris lors du G-20 de Buenos Aires, a cru bon de proposer une autre réunion quadripartite (incluant les invités d’hier, la France et l’Allemagne)… Tout en ignorant, de la sorte, l’appel lancé par Damas au retrait des troupes turques de la Syrie.

Mais il faut dire que ce qui se passe à l’Est de l’Euphrate n’est pas moins inquiétant pour Damas comme pour ses alliés.  La diplomatie russe n’a pas manqué de le rappeler en signalant que la présence américaine sur la rive est de l’Euphrate ainsi que dans d’autres zones de la Syrie, où sont déployées des forces kurdes, risque d’être lourde de conséquences pour toute la région. déclaré Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe a fait savoir lors de l’émission «Moscou. Kremlin. Poutine» de la chaîne Rossiya 1.que les Américains «jouent la carte kurde dans le cadre de leurs démarches sur la rive orientale ainsi que dans d’autres régions de la Syrie, où ils possèdent leurs conseillers et leurs forces spéciales».  «C’est un jeu très dangereux, compte tenu de la gravité du problème kurde dans plusieurs pays de la région. Non seulement en Syrie, mais en Irak, en Iran, et évidemment en Turquie», a-t-il poursuivi.

Selon le ministre, les États-Unis cherchent à présenter leurs actions comme provisoires alors que tout ce qui se passe sur la rive est viole le principe de l’intégrité territoriale protégé par la résolution du Conseil de sécurité de l’Onu.

Ce n’est pas la première fois que la Russie fait part de sa préoccupation sur la situation sur la rive orientale de l’Euphrate où stationnent les Américains. A la mi-octobre, Maria Zarkarova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a déclaré que les «Américains mènent la danse» dans la zone «en s’appuyant sur leurs alliés parmi les Kurdes».

Déploiement US

Cette réaction russe qui rejoint les appels de Damas au départ de toutes les troupes étrangères présentes, sans son consentement, sur le territoire syrien, intervient alors que le chef du Pentagone a évoqué un redéploiement de troupes auprès de son allié, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Unités de protection du peuple kurde.

C’est à l’occasion d’une réunion informelle avec des journalistes au Pentagone le 28 novembre que le secrétaire à la Défense Jim Mattis a évoqué un nouvel argument, quelque peu déroutant, pour justifier le maintien des troupes US dans le nord de la Syrie. «Nous installons des postes d’observation à plusieurs endroits le long de la frontière syrienne septentrionale parce que nous voulons être ceux qui appelons les Turcs et les avertissons, si nous voyons quelque chose dans une zone dans laquelle nous opérons», a-t-il ainsi confié. L’idée du chef du Pentagone est donc de renforcer la présence américaine auprès des Forces démocratiques syriennes (FDS) – à partir de troupes déjà présentes dans le pays – pour prévenir Ankara et son armée, avec qui Washington «communiquera», de toute menace qui pourrait les viser. Sous-entendu en provenance des derniers combattants de l’Etat islamique que Washington pourrait repérer.

Une déclaration qui ne manque pas d’interloquer, les FDS étant une coalition militaire dominée par les Unités de protection du peuple kurde (YPG), qui, selon Ankara, sont une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qu’elle considère comme un groupe terroriste. La Turquie les combat ouvertement, redoutant que l’établissement d’une entité kurde à sa frontière ne galvanise les velléités séparatistes sur son territoire.

Pour rappel, le 28 octobre dernier, l’armée turque a bombardé des positions des YPG dans le nord de la Syrie. Une situation qui a poussé les FDS à annoncer trois jours plus tard la suspension de leur assaut contre Daech tout en dénonçant la «coordination directe entre les attaques de l’armée turque et celles de l’Etat islamique».

Si James Mattis a opté pour une annonce tout en diplomatie envers Ankara, il a tout de même reconnu que ces postes d’observation avaient également pour vocation de faire office de protection aux FDS pour que ces derniers puissent concentrer leurs efforts contre Daech. «L’objectif est de s’assurer que les personnes qui combattent dans [la vallée de l’Euphrate] ne soient pas entraînées hors de ce combat, et que nous puissions écraser ce qui reste du califat», a-t-il expliqué.

Dans le nord de la Syrie, la Turquie et les Etats-Unis peinent à concilier leurs intérêts. En 2017, les deux puissances ont même frôlé l’affrontement direct. En janvier 2018, afin de prévenir la formation d’un quasi-Etat kurde à ses frontières, la Turquie a lancé son offensive contre l’enclave kurde d’Afrin, à une centaine de kilomètres, en territoire syrien.

Ankara a plusieurs fois haussé le ton contre les Etats-Unis, qui soutiennent avec d’autres puissances occidentales, dont la France, les Forces démocratiques syriennes, une coalition arabo-kurde, dans le nord de la Syrie. «Pourquoi vous restez ? Allez, partez !», avait lancé en février dernier aux USA le Président Erdogan qui reproche à Washington de maintenir des forces armées en Syrie malgré la défaite de Daech, à des fins «calculatrices».

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