Négociations climatiques : Les fonds de la bataille…

À quelques mois de la Cop 21, le Maroc a déposé sa contribution (INDC) comportant ses engagements auprès de l’ONU. Fort  des réalisations accomplies en énergies renouvelables, Rabat entend se battre pour ramener le financement nécessaire à ses projets. Une tâche des plus difficiles au regard des enjeux économiques et politiques en lice.

Après le fiasco des dernières conférences des parties entrant dans le cadre de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), celle qui devrait se tenir en décembre prochain à Paris s’avère particulière. Plus de 20 000 délégués de 195 pays feront le déplacement pour tenter, pour la énième fois, de parvenir à un accord global sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et mettre en route une véritable politique mondiale de lutte contre le réchauffement climatique. Tâche difficile au vu des réticences d’une bonne partie des pays membres. En effet, au moment où tous les négociateurs devaient déposer leurs engagements auprès de l’ONU au plus tard à fin mai, seuls 39 pays, dont les 28 pays membres de l’Union européenne, ont déposé leurs contributions. Le Maroc figure dans cette short liste avec sa contribution nationale qui s’est fixée l’objectif très ambitieux de réduire à 32% ses émissions en 2030, notamment grâce à un appui financier international. Qualifiée officiellement d’ambitieuse, cette contribution a été taxée de « très optimiste», voire d’ « irréaliste » par des sources proches du dossier. Ces derniers estiment qu’il sera très difficile pour le Maroc de ramener les financements nécessaires. D’autant plus que le co-président de la conférence annuelle, en compagnie de l’Américain, Daniel Reifsnyder, n’est autre que l’algérien, Ahmed Djoghlaf, qui a, déjà, travaillé pour la branche de l’ONU traitant l’environnement (l’UNEP) et qui a l’habitude des négociations internationales.

Optimisme aveugle ?
Lors d’une conférence nationale dédiée à la présentation de la contribution du Maroc aux efforts de lutte contre le changement climatique (INDC Maroc), organisée début juin 2015 à Skhirat, le projet marocain comporte plus de 54 projets nécessitant une enveloppe colossale devant s’élever à 45 milliards de dollars (Mrds $) pour son déploiement. Objectifs : réaliser en premier lieu une réduction de 13% des émissions de gaz à effet de serre en 2030 ; mais, également, une réduction additionnelle de 19% conditionnelle tributaire d’un appui international, ce qui porterait la contribution du Maroc auxdits efforts à une réduction totale à 32% des émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2030. Selon le document officiel de l’ « intended nationally determined contributions (INDC) », 10 milliards de dollars devront être assurés par l’État tandis que la «diplomatie climatique » marocaine lèvera les autres 35 Mrds $ auprès du Fonds vert pour le climat ainsi que les investisseurs étrangers présents lors de la Cop21.
La ministre déléguée chargée de l’Environnement, Hakima Haiti, affirme avoir déjà «ramené » les fonds escomptés. « Ces 35 Mrds $ seront constitués d’une participation du Fonds vert mondial mais également d’une participation du secteur privé », assure-t-elle. «Sachez que lorsque vous investissez 1 $ dans les innovations et dans les énergies renouvelables, vous avez de l’autre côté 2 ou 3 $ qui viennent du privé », confie-t-elle. Donc, il ne s’agit pas de 35 Mrds $, il s’agit plutôt de ce montant divisé par trois, a-t-elle nuancé. « Ce sera autour de 3 milliards sur 10 ans, dont 1,5 milliard par an du fonds vert », précise-elle. Pour lever toute ambigüité, Mme Haiti, souligne que le Fonds verts pour le climat « va servir pour donner une partie comme levier » et puis « l’autre partie sera une participation du privé ». La ministre n’a pas manqué de mettre l’accent sur la différence existante entre « une technologie conventionnelle et une technologie sobre en carbone ». « La technologie sobre en carbone est encore plus chère donc il y a un gap de financement. C’est celui-là que l’on va aller chercher au fonds vert le reste viendra du privé et nous avons l’habitude à investir dans les énergies renouvelables grâce aux participations du secteur privé » a-elle conclu.

Une gageure ou un simple défi ?
Qualifié « d’excellent et très agréable » par des sources proches qui s’interrogent sur le bien fondé d’un tel discours. Pour le géographe climatologue, Mohammed Saïd Karrouk explique qu’un distinguo est à faire entre deux niveaux en ce qui concerne les objectifs fixés par le pays dans ce cadre. Selon cet expert, la ministre parle de choses qui sont déjà planifiées et déjà réalisées ou en cours de réalisation, l’objectif initial (13% de réduction des GES en 2030) demeure à la portée. Et ce, du fait, que «cet objectif est celui du plus solaire marocain présenté en 2009 (…) et qui permettrait une diminution de 14% des émissions des GES à l’horizon 2020 grâce à la production de 2000 MW, dont 38% de ces projets étaient déjà réalisés en 2008 ». « Un gain réalisé comparativement à la production de ce même niveau d’énergie avec des énergies fossiles », explique-t-il. C’est réalisable, selon lui, à condition que « le plan soit opérationnel en 2020 ». Point de nouveauté donc, le projet existant depuis 2009 et déjà présenté à la Cop 15 à Copenhague, « mais pas dans tous ces détails ».
Pourtant, pour ce qui est des 19% additionnels dont parle Haiti et qui devront porter la contribution du Maroc à 32%, le spécialiste ne cache pas ses doutes. Parce que les investissements dont parle la ministre nécessitent, selon elle, un « transfert de technologie ». Chose qui provoque son ironie. « C’est de la folie d’entendre parler de transfert de technologie ! Les gens ne dépensent pas des milliards en « recherche et développement» pour avoir une technologie et puis la transférer ? », s’est-il exclamé avant de préciser qu’ «il peut y avoir un transfert technique, c’est-à-dire de la technicité et pas du tout de la technologie.» Et parce que «c’est un dossier très délicat et très complexe» puisqu’il s’agit de grands projets qui font saliver les investisseurs. Les Allemands ont le grand lot, mais les USA cherchent également leur part du gâteau, les Français aussi. Et il n’y a pas que ceux-ci, les Japonais et les Chinois ont aussi des visées sans oublier les pays du Golf qui sont déjà présents ou qui prévoient des partenariats avec le Maroc. En substance, l’expert résume en disant que «c’est un dossier très complexe, chacune des puissances économiques cherche sa part de gâteau », mais, le Maroc lui, conscient de ces considérations, comprend parfaitement ces enjeux et essaye de maîtriser ce dossier sur le plan interne ».

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