PERSPECTIVES MED : LA DÉCRISPATION DES RELATIONS FRANCO-MAROCAINE EST-ELLE DÉFINITIVE ?
ABDERRAHMANE MEKKAOUI : On peut aborder la problématique des relations maroco-françaises sous deux angles essentiels : le volet politique et le volet économique, sans sous-estimer les autres éléments qui jouent un rôle important dans les relations historiques et traditionnellement excellentes entre les deux pays et cela depuis le règne de Louis XIV et du Sultan My Ismail. Ces relations sont toujours marquées par un dialogue dense et régulier, voire bien des fois tendu. Sans remonter au loin, on peut dire que le Roi Mohammed VI avait choisi la France pour effectuer sa première visite d’Etat à l’étranger en mars 2.000. Il a été le premier chef d’Etat a être reçu par le Président français F. Hollande, une semaine après son investiture à l’Elysée. Le Maroc, comme la France, ont toujours réaffirmé la place réservée à leur coopération en tant qu’alliés exceptionnels dans tous les domaines. Paris, il ne faut pas l’oublier, a toujours joué le rôle de porte-parole auprès de nos partenaires européens. Malheureusement, l’année 2013 a été jalonnée par plusieurs malentendus. Mais les deux pays ont su dépasser cette étape et redonner un autre souffle à cette amitié historique et ancienne. Les relations d’Etat à Etat sont toujours profondes et pérennes mais il reste un effort pédagogique que le Maroc est obligé de consentir dans son approche des autres France, avec clairvoyance et doigté. Et l’effort doit porter sur les parties qui, génétiquement et idéolo
giquement, sont anti-marocains, elles qui font le jeu de l’hégémonie de nos ennemis historiques. Tout cela excipe d’un redimensionnement équilibré des relations bilatérales au sortir duquel les deux pays seraient gagnants à court, moyen et long termes.
A VOS YEUX, LES LOBBIES PRO-ALGÉRIENS S’ACTIVENT POUR ENVENIMER L’ATMOSPHÈRE?
A.M : Depuis l’avènement des socialistes au pouvoir, l’Algérie a investi énormément dans les autres France, partis politiques, associations journaux et journalistes, éditeurs, église protestante etc. Cette offensive dans l’Hexagone visait à briser le cordon ombilical entre la France et le Maroc en mettant en cause les relations bilatérales empreintes de cordialité.
EST-IL OPPORTUN AUJOURD’HUI D’IMAGINER UNE AUTRE FORMULE DE COOPÉRATION ENTRE PARIS ET RABAT ?
A.M :Bien évidemment qu’il faut capitaliser sur l’entente retrouvée pour avancer sur plusieurs fronts à la fois au bénéfice des deux nations. La brûlante actualité exige surtout une pleine coopération dans les domaines judiciaire, sécuritaire et militaire, les deux pays ont conscience que la sécurité de l’un dépend de celle de l’autre. Et cela se vérifie depuis les attentats de Paris contre « Charlie Hebdo ». Au niveau de l’intégrité territoriale du Maroc, la France qui a été la puissance colonisatrice principale dans la région du Maghreb a toujours soutenu l’intégrité territoriale du Maroc et l’a défendue contre vents et marées devant les instances internationales. Paris reste le détenteur de la vérité géopolitique de la région et les visées des gouvernants algériens depuis l’indépendance de
ce pays voisin. Dans ce cadre là, il faut mentionner le rôle actif de la société civile des deux rives pour éviter tout dérapage au niveau des relations qui demeurent toujours très solides malgré les nuages d’été qui assombrissent parfois le ciel. Pour ce qui est de la dimension économique, on remarque que la France est, depuis 2013, le second partenaire et fournisseur du Maroc et reste toujours le premier client du Maroc en absorbant 22% de ses exportations. Le prolongement économique du Maroc vers l’Afrique se fait en parallèle et en concertation avec la France. Car les entreprises françaises qui sont au Maroc disposent de filiales fortes de 750 sociétés employant plus de 80.000 personnes. Ce partenariat est le garant de l’expansion des deux pays dans le continent africain. L’élite africaine est consciente de cette force de frappe économique de premier ordre. Contrairement à ce que pensent beaucoup d’observateurs, la politique de développement entamée par le Maroc est faite en concertation avec les groupes français présents sur le sol du Royaume : 36 entreprises du CAC 40 s’y activent. Malgré la concurrence algérienne et la propagande qui l’accompagne, la France et le Maroc se trouvent dans la même tranchée aussi bien économique, politique que militaire. Plus, le tissu économique est conscient que les entreprises françaises doivent contribuer au développement social et humain du pays au lieu de rapatrier les bénéfices vers la France. C’est vers cette refondation des rapports, plus humaine, que la volonté est partagée de part et d’autre. Ce n’est pas pour rien que du côté marocain, la plus haute autorité plaide en faveur du co-développement et de la coprospérité. La France doit apporter les gages nécessaires pour réussir ce reprofilage stratégique.

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