Pêche maritime: Des ambitions et des boulets

Pêche maritime: Des ambitions et des boulets
Pêche maritime: Des ambitions et des boulets

Dans un contexte d’amenuisement des ressources halieutiques marines, l’essor de l’activité pêche constitue un moteur principal de croissance pour nombre de pays. Conscient de l’impératif de développement du secteur de la pêche maritime, le Maroc a lancé une ambitieuse stratégie baptisée Halieutis. Que dit le bilan d’étape établi par les techniciens du ministère de l’Economie et des finances ?

Placé au centre de la planification financière de l’Etat, le ministère de l’Economie et des finances est au fait des avancées du Royaume à l’aune des différentes stratégies sectorielles lancées depuis une décennie déjà. A ce titre, la Direction des Etudes et de la Planification Financière s’est livrée à l’exercice d’évaluation de l’évolution du secteur de la pêche maritime depuis le lancement dès 2009 du Plan Halieutis. Ainsi, et face à une demande de produits de la mer en croissance permanente, le Maroc a placé le développement du secteur halieutique parmi les piliers majeurs pour édifier une économie bleue durable et à forte valeur ajoutée. Outre les opportunités en termes de création de valeur ajoutée et d’emplois, le secteur recèle d’opportunités sur le plan des échanges extérieurs au vu de la dynamique soutenue des importations mondiales de poissons. Pour mobiliser le potentiel dont recèle ce secteur porteur, le Maroc a lancé le plan Halieutis. Ce plan compte à son actif plusieurs projets structurants touchant l’ensemble des chaînes de valeur du secteur de la pêche. Parmi ces projets, il convient de citer notamment l’adoption des mécanismes de gestion rationnelle de la ressource, le renforcement des infrastructures de débarquement (ports, PDA1 , VDP2 ) et de commercialisation (halles et marchés de poissons), l’appui à la valorisation des produits de la pêche et l’amélioration de la compétitivité des produits de la mer (programme de création de trois pôles de compétitivité: Haliopole d’Agadir3 , projet mixte agriculture-pêche du Nord et le pôle du Sud). A cela, s’ajoutent des actions dédiées à la pêche artisanale visant la promotion de la qualité des captures et l’amélioration des conditions de vie, de travail et de sécurité des professionnels de cette activité. Parallèlement à la modernisation du secteur de la pêche et la valorisation des produits de la mer, le Maroc s’est engagé en faveur du développement du secteur de l’aquaculture, qui a été intégré en tant que composante essentielle au niveau de l’axe durabilité du plan Halieutis et ce, dans le souci d’atténuer les pressions qui s’exercent sur les ressources halieutiques. Dans ce cadre, l’Agence Nationale de Développement de l’Aquaculture, créée en 2011, a lancé de multiples chantiers allant de la planification aquacole à l’accompagnement des investisseurs. Parmi ces chantiers phares figurent, en particulier, l’élaboration de 5 Plans d’Aménagement Aquacoles sur toute l’étendue du littoral marocain en vue de mettre à la disposition des investisseurs des espaces dédiés à une activité aquacole adaptée et durable. Actuellement, trois plans aquacoles ont été lancés (ceux de Dakhla-Oued Eddahab, d’Imessouane à Sidi Ifni et de la Méditerranée) pour un potentiel de production de 380.000 tonnes, ce qui renseigne sur l’existence d’une énorme marge de production aquacole à valoriser eu égard à la capacité de production actuelle qui demeure limitée à près de 510 tonnes réalisées en 2016. Le lancement des plans aquacoles concernant les autres régions du littoral national est prévu pour la période 2018-2019. A noter, que plusieurs projets ont été engagés suite au lancement par l’ANDA des appels à manifestation d’intérêt aussi bien dans la région du Nord que dans la région du Sud. L’ensemble des efforts déployés ont contribué à l’amélioration des résultats du secteur halieutique. En effet, le secteur a réalisé, en 2017, une production totale de 1,4 million de tonnes, soit un taux de réalisation de près de 84% de l’objectif fixé par le Plan Halieutis à l’horizon 2020. En terme de performance commerciale, près de 21,2 milliards de dirhams d’exportations ont été réalisés en 2017 (soit 70,5% de l’objectif en 2020) contribuant ainsi à près de 58% des exportations agro-alimentaires et à plus de 16% des exportations totales des biens. A noter que le secteur assure également près de 700.000 emplois directs et indirects. En termes de mobilisation du potentiel de la coopération extérieure pour renforcer le développement du secteur halieutique national, l’accord de partenariat liant le Maroc et l’Union Européenne a été renouvelé en juillet 2018. Cet accord, qui marque 30 ans de coopération entre les deux parties, s’inscrit en cohérence avec les objectifs de renforcement de la mise à niveau et de la durabilité de ce secteur névralgique.

Le verre à moitié vide…

Nonobstant les performances jusque-là enregistrées par le secteur halieutique, celles-ci demeurent insuffisantes eu égard au potentiel réellement mobilisable, déplore ainsi la DEPF. En effet, une grande partie de la production halieutique est exportée à l’état frais sans aucune transformation (41% du volume total des exportations), bien que cette part s’inscrive dans une tendance baissière depuis quelques années. Cela représente indubitablement un important manque à gagner en termes de création d’emplois et de valeur ajoutée aux niveaux national et local. En outre, les exportations du secteur demeurent caractérisées par une forte polarisation sur les marchés de l’Union Européenne, qui absorbent 60% des exportations halieutiques marocaines. L’ouverture sur de nouveaux marchés dont notamment l’Afrique, conjuguée à une meilleure valorisation des produits, pourrait induire des effets positifs sur le développement du secteur. Sur un autre registre, l’optimisation des efforts consentis sur le plan des infrastructures et de la modernisation de l’outil de production incite à remédier aux insuffisances relevées tout au long de la chaîne de valeur du secteur. Outre la nécessité d’une meilleure maîtrise de la chaîne de froid, l’accent devra être mis sur l’adaptation des infrastructures de débarquement aux flottes à grand tonnage pour permettre le débarquement de la totalité des captures des ressources halieutiques au niveau des ports marocains. Non moins important, le développement à terme d’une flotte industrielle nationale performante comparable à celle des pays étrangers devrait être envisagé. A cela s’ajoutent la qualification de la main d’œuvre et l’amélioration des compétences au service de l’innovation de nouveaux produits compétitifs avec des emballages attractifs et à forte valeur ajoutée, sachant qu’il existe une ferme volonté des opérateurs marocains à aller dans ce sens eu égard à une demande mondiale accrue de produits à base de poissons.

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