Perspectives de croissance : Le blues du CMC

Perspectives de croissance : Le blues du CMC
Comme chaque année, les prémonitions fleurissent quant aux perspectives qui se déclinent pour l’économie nationale. Après les prévisions de Bank Al Maghrib et du HCP, c’est au tour du Centre marocain de conjoncture (CMC) de livrer ses « alertes concernant l’état des équilibres macroéconomiques pour les 12 prochains mois ». Dans sa dernière lettre mensuelle, le Centre précise que de grands défis guettent l’économie marocaine en 2017. Le CMC prédit un impact non négligeable de la hausse des cours de pétrole, issue de l’accord de l’OPEP pour le rééquilibrage du marché, sur les équilibres financiers du royaume. Si la hausse des cours s’avérait durable, cela ne manquera pas de produire des effets globalement négatifs sur l’économie. Car bien que l’impact sur le déficit public soit maîtrisé grâce à la réforme de la compensation, celui qui a trait à la balance commerciale demeure inquiétant. Les importations se faisant en devises, la hausse des cours aura pour effet de baisser le niveau des réserves de changes. Cela pourrait également altérer le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Les prix internationaux sont intégralement répercutés sur les prix à la pompe du fait de l’élimination des subventions sur les produits pétroliers. À ce titre, le CMC estime qu’une importante hausse des prix du carburant impactera négativement les trois premiers postes de budget des ménages marocains, à savoir l’alimentation, le transport et l’énergie qui représentent, ensemble, près de 57% des dépenses. Parallèlement, l’un des grands secteurs exportateurs du Maroc devrait continuer à connaître des difficultés. Il s’agit des phosphates et dérivés appelés à faire face à une conjoncture internationale défavorable. L’environnement à court et moyen termes demeure marqué par des variations des prix très lentes et parfois instables. Le CMC nuance cependant ces prévisions en affirmant que le secteur a encore de beaux jours devant lui avec la hausse continue des besoins alimentaires et de la démographie mondiale, et la disponibilité au Maroc de l’une des plus importantes réserves mondiales. Sur un autre registre, le CMC s’inquiète également de la mauvaise répartition de l’investissement public et son faible impact sur la création d’emplois. L’analyse faite par le CMC sur la période allant de 2000 à 2015 montre que l’investissement se concentre dans des secteurs à faible valeur ajoutée avec de faibles impacts sur l’emploi. Le secteur du BTP absorbe ainsi 52% de l’investissement public alors même qu’il n’est responsable que de 9% du stock d’emploi et de 7% de la valeur ajoutée créée annuellement. Le secteur de l’industrie (y compris l’artisanat) est concerné par 40% des investissements alors qu’il ne représente que 11% du stock d’emploi et 23% de la valeur ajoutée. En revanche, l’agriculture qui n’est concernée que par 2,1% des investissements représente le plus grand employeur (39%) et génère près de 16% de la valeur ajoutée. Même le secteur des services qui n’est concerné que par 6,2% des investissements, génère plus d’emplois (40%) et de valeur ajoutée (55%).
Il est à noter que l’investissement public représente une composante importante de l’investissement global au Maroc : près de 52% contre 34% pour l’investissement des ménages et 15% pour celui des entreprises privées. Quant à la relance de la croissance, le centre estime que les analyses portant sur la croissance à moyen terme relèvent un écart important par rapport à la trajectoire de croissance potentielle, cet écart étant du, selon le CMC, à la faiblesse de la productivité, à l’inefficience des programmes d’investissement malgré les efforts consentis en la matière, et aux insuffisances des politiques de régulation tant au plan budgétaire que monétaire, financier ou fiscal.

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