Prendre la vague

La stratégie Halieutis arrivera à terme l’an prochain. Pour le marocain moyen, à quoi mesure-t-on la pertinence des choix entrepris dans ce cadre-là ? Il ne faut pas chercher plus loin des étals. Si le marché est achalandé en espèces aussi diverses qu’appétissantes, le prix reste des plus rédhibitoires. Peut-on imaginer que dans un pays dont le volume de pêche est à plus de 90% composé d’espèces pélagiques, la sardine fraiche, dite de bouche, soit commercialisée à 20 Dh le kilo ? Et à ce stade-là, on ne fait guère honneur au poisson blanc qui tire ses lettres de noblesse du prix affiché. Pageot royal, dorade, loup moucheté… De ces espèces-là qui enrichissent les présentoirs des poissonneries, la ménagère n’ose même pas demander le prix !
Pourtant, on tient mordicus à assurer que la stratégie opérationnalisée ne vise pas qu’à reproduire les circuits rentiers, bien des fois recyclés en cartels mafieux, qui s’agitent en mer et tout le long du littoral. Le résultat est bien là. Le consommateur marocain doit se saigner pour enrichir sa table de mets qui expirent l’iode. Qu’est-ce qui fait dès lors que la richesse nationale halieutique ne soit de la sorte profitable qu’à une camarilla d’intermédiaires qui agissent comme des parasites sur un marché supposé être régulé ? A cette question nodale, la réponse officielle reste des plus évasives : la consommation nationale moyenne de poisson s’est hissée en 2014 à 13,6 kg per capita… Soit 85% de l’objectif fixé par la stratégie !
On attendait tous que les Marocains prennent la vague avec Halieutis. Mais il faut se rendre à l’évidence que les agioteurs qui animent les halles et autres CAPI n’ont d’intérêt à défendre que le leur. Au détriment du développement de la consommation locale de poisson. Et de fil en aiguille au grand dam des attentes des opérateurs appelés à valoriser la production halieutique nationale. Tout cela soulève une question de fond, capitale : la gouvernance dans ce secteur stratégique pèche par une tragique déresponsabilisation des représentants de la puissance publique devant autant de laisser-aller, laisser-faire. Le marché ne se régule pas de lui-même, contrairement à la ferme conviction des officiels qui baissent les bras face à la montée en puissance des parasites qui se nourrissent sur la bête. Les professionnels sont unanimes à souligner le caractère lâche des contrôles alors que la norme INN est promue en tête de liste des recommandations d’une pêche durable. Le marché noir se développe à tous les étages de la filière pêche sans pour autant que l’autorité ne sévisse en mettant le holà à des pratiques pour le moins condamnables.
Est-il logique que des centaines de caisses chargées de poisson quittent les halles sous les yeux des préposés au contrôle des débarquements, comme des transactions, pour alimenter les circuits parallèles ?
Tous ces ratés sont de nature à réduire à néant les efforts consentis –et à coups de milliards de dirhams du contribuable- pour assurer le développement de la filière pêche. Car ni le consommateur final n’est content des résultats, lui qui doit se priver pour s’assurer un accès aux produits halieutiques qui font la richesse des cotes marocaines longues de 3.500 km. Ni les industriels appelés à valoriser cette même richesse ne sont particulièrement joyeux à l’idée de subir les contrecoups constants d’un approvisionnement aléatoire.
S’il y a des perdants à signaler, ce sont eux. Cela sans parler des recettes en devises fortes dont le pays se prive en s’accommodant de la persistance de circuits opaques. Nul besoin de parler des gagnants qui, eux, s’ingénient à contourner les règles et à graisser les rouages, le cas échéant, pour se refaire une santé de fer. Au détriment de tous ! Que faire pour corriger toutes ces distorsions ? Attendons pour voir l’heure du bilan…

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