Présidentielle américaine : démocratie rafraichissante ou défraichie ?

Présidentielle américaine : démocratie rafraichissante ou défraichie ?
Face à deux discours radicaux, le socialisme faisant son entrée dans le vocabulaire US avec force dans la campagne de B. Sanders et le populisme de D. Trump, les Américains finiront-ils par choisir H. Clinton, candidate mainstream ? Difficile de trancher à l’heure où Daech s’est invité dans la campagne avec le sanglant attentat d’Orlando.
ça y est ! Les primaires chez les Démocrates ont presque rendu leur verdict. C’est Hillary Clinton qui est adoubée pour mener la bataille des présidentielles face à Donald Trump désigné haut la main en dépit d’un parti Républicain réticent. Mais si, au début de ce long marathon, l’ex-Première Dame fut donnée largement favorite face au sénateur du Vermont, Bernie Sanders, sa candidature n’a cessé de marquer le pas si bien que l’outsider ne veut toujours pas s’avouer vaincu. Ces deux candidats reflètent le visage des électeurs démocrates. A 75 ans, le sénateur du Vermont est ardemment soutenu par une jeunesse américaine qui a beaucoup de mal à trouver une réelle place dans une société fortement inégalitaire. Il faut dire que bien avant d’entamer leur vie active, ils sont déjà dans leur écrasante majorité fortement endettés rien que pour se payer un cursus scolaire digne de ce nom ! Pour ce qui est des classes laborieuses et autres minorités noires ou latinos, elles ne sont pas en reste dans cet Empire ou « l’American Dream » s’altère pour n’être plus qu’un dur « struggle for life ». Les espoirs tant déçus dans les deux mandats de Barak Obama ont radicalisé cet électorat qui aspire, non plus à des promesses souvent non tenues, mais à des engagements réels pour un avenir conforme aux capacités et aux richesses du pays.
Les stigmates de la crise de 2008 ne sont pas effacés. Des centaines de milliers d’ex propriétaires sont encore « à la rue » et des régions entières des Etats-Unis, pour l’essentiel situées dans la Rust Belt, sont sinistrées. Les tentatives de redonner à cette partie de l’Amérique l’aura de « Manufacturing Belt» sont encore un mirage pour des millions d’Américains qui assistent, effarés, à l’enrichissement sans fin d’une poignée d’entre eux. C’est ceux-là qui sont protégés par la classe politique au pouvoir depuis la mise en place du libéralisme sauvage sous Reagan et accentué par ses successeurs Républicains. Que le pouvoir soit aux mains des Démocrates ou des Républicains, les inégalités n’ont cessé de se creuser au nom du libéralisme assis depuis longtemps dans ce «nouveau monde». De temps à autre un toilettage sociétal est pratiqué pour éviter le pire. Mais les intérêts des plus forts et des plus riches sont toujours à l’abri. C’est cette accointance entre les puissants lobbies, industriels et financiers, qui a rendu les Américains distants de Washington. Les taux de participation aux présidentielles sont particulièrement bas et deviennent synonyme d’une certaine défiance vis-à-vis des institutions fédérales jugées lointaines des préoccupations des 330 millions d’Américains. Il y a huit ans, l’arrivée de Barack Obama était porteuse d’espoirs. Son slogan de campagne, « Yes we can » a fait mouche puisque la confiance lui a été accordée à deux reprises. Mais le constat est là. Que de désillusions dans une Amérique atrophiée par ses contradictions, sa dette colossale, un monde multipolaire et surtout une mondialisation sans pitié pour les plus humbles.
Dès lors, une partie a choisi le camp populiste et franchement réactionnaire, soit une extrême droite portée par les « Tea party » avant que Donald Trump, candidat milliardaire dit « anti-establishment » ne déroule des diatribes racistes, misogynes, homophobes, anti-avortement, va-t’en guerre qui flattent les bas instincts d’une partie de l’Amérique qui croit en l’unilatéralisme, le port d’arme et à une Amérique blanche qui rappelle les sombre années du Ku Klux Klan.
De l’autre côté, l’électorat Démocrate veut rompre avec les années Clinton. Les reproches faits à Mme Clinton sont pour l’essentiel axés sur la proximité de son mari avec Wall Street et avec les monarchies du Golfe. Devenu un boulet dans sa campagne, il s’est fait rare sur les plateaux télé et dans les meetings. Mal à l’aise dans le difficile exercice qu’est une longue et dure campagne des primaires, elle a dû batailler ferme pour s’imposer face à un Sanders combatif et excellent orateur.
Ayant choisi la neutralité pendant cette bataille fratricide, Obama a sifflé la fin de la récréation en invitant les deux protagonistes à unir leur force face à la montée inexorable de D. Trump, déjà en campagne présidentielle.
Salué par son attitude exemplaire, Bernie Sanders a rendu hommage à Obama dans sa position de neutralité mais il ne s’avoue toujours pas vaincu et attend toujours le verdict définitif de la Convention démocrate prévue en juillet.
De son côté, jouissant d’une facilité déconcertante dans la communication de masse, l’hôte actuel de la Maison Blanche a commencé la tournée des plateaux TV pour venir en aide à H. Clinton contre le rouleau compresseur Trump.
Son espoir et celui de tous les démocrates dans le monde : voir une Femme occuper le fauteuil de Président de la première puissance mondiale après que le suffrage universel y a installé un Noir.
On sait pertinemment que quelle que soit sa couleur de peau ou son sexe, le Président des Etats-Unis protègera d’abord les intérêts de son pays. On sait aussi que ces derniers priment sur une quelconque amitié. Mais compte tenu du poids de cette nation dans les décisions à l’échelle globale, des soubresauts qui agitent le monde principalement la région du Proche et du Moyen Orient, d’Afrique et d’ailleurs, l’espoir est que la défense somme toute légitime des Etats Unis de ses propres intérêts ne se fera pas au détriment des mêmes et qu’elle saura trouver des voies alternatives pour un monde meilleur. Qu’une femme puisse entreprendre ce virage l’inscrira dans la postérité.
Aussi imparfaite qu’elle puisse être, cette démocratie est réjouissante et rafraichissante à la fois. Elle montre le chemin à suivre pour les autres démocraties empêtrée dans des schémas classiques et révolus.
Ne dit-on pas que la Femme est l’avenir de l’Homme !

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