Présidentielles algériennes: Ali Ghediri, fait grincer des dents de la «Grande muette »

Présidentielles algériennes Ali Ghediri, fait grincer des dents de la «Grande muette »
Présidentielles algériennes Ali Ghediri, fait grincer des dents de la «Grande muette »

Reconnue être la « grande muette », l’armée nationale populaire (ANP), semble ne plus l’être ces derniers temps.

Tantôt c’est à travers des communiqués publiés dans la revue militaire El Djeich, tantôt par le biais de son chef d’état major, le général major Ahmed Gaïd Salah, qui lui-même prend la parole pour s’exprimer. C’est à l’approche des élections présidentielles qui auront lieu le 18 avril prochain, que cette institution militaire parle et fait parler d’elle.


Le chef d’état major, et vice ministre de la Défense Nationale, Ahmed Gaïd Salah a jeté son dévolu à Blida où est logée la Première région militaire de l’Armée nationale populaire (ANP). L’affaire n’est pas des plus anodines au regard de ce qui se trame en Algérie, à la veille d’une Présidentielle qui met à l’épreuve un système algérien éclaté en quatre clans antagoniques. Les Algériens savent que c’est de Blida que tout peut arriver. D’autant plus que le chef d’état-major et vice-ministre de la Défense algérien est sorti des bois pour annoncer que l’armée veillera au bon déroulement du scrutin et que les éléments de l’APN prendront part au scrutin loin des casernes, c’est-à-dire dans les mêmes isoloirs que ceux réservés aux autres composantes de la société.

Nous signalons que la tension sourde toujours entre clans qui se
disputent le pouvoir en Algérie a pris une dimension préoccupante. Si le système s’est mis d’accord sur la convocation des électeurs pour la Présidentielle, il n’en reste pas moins qu’aucune candidature commune n’a été dégagée. Autant dire que le flou entoure l’avenir de l’Algérie à l’heure où la perspective d’un 5ème mandat pour Abdelaziz Bouteflika n’est pas définitivement acquise au regard de l’état de santé du « candidat naturel » du FLN. Quoi qu’il en soit, le choix d’une ligne « médiane » pourrait prendre les formes d’une digue susceptible d’assurer la stabilité dans la continuité. Moyennant une réforme constitutionnelle qui permettrait au général major A. G. Salah d’accéder au rang de vice-Président.


L’évolution de la situation algérienne dépasse les frontières pour piquer au vif l’intérêt des puissances occidentales qui restent obnubilées par les risques sécuritaires au cas où le jeu politique se gâche. A Paris, une cellule de crise a été montée à l’ambassade US pour suivre l’évolution de la situation en Algérie. La coordination sur ce dossier se fait aussi avec les sécuritaires français ainsi qu’avec l’antenne de l’Alliance atlantique basée au Luxembourg
(Direction stratégique). Des navettes secrètes entre Alger-Paris assurent aux « intermédiaires » algériens de rassurer les uns comme les autres…
N’empêche, la grande peur nourrie de l’autre côté de la Méditerranée est liée à la ruée en Europe de 200.000 à 2 millions de binationaux algériens. Plusieurs indicateurs crédibilisent une telle thèse au regard des départs des hommes d’affaire Algériens constatés parmi les grandes fortunes algériennes vers la Cote d’Azur, outre d’autres régions européennes en Espagne et en Italie.


En attendant la clarification du jeu, force est de souligner qu’à côté des candidatures qui nourrissent la satire populaire (une inflation avec 125 au compteur), seuls trois « poids lourds » se démarquent. Ali Benflis, qui n’est pas à sa première candidature, et que les observateurs assimilent encore à un « lièvre ». Outre le Général –major à la retraite Ali Ghediri, un candidat qui s’est attiré le courroux de l’establishment politico-militaire après avoir signé deux lettres dans lesquelles il attire l’attention sur « l’effondrement » du système et sur le caractère « indépendant » de sa candidature, ainsi que celle d’Abderrazak Makri, leader de la formation islamiste MSP. On notera que dans ce tableau, il y a bien des ombres. Mouloud Hamrouch qui s’est déclaré disposé à prendre ses responsabilités fait preuve de ses « réserves », tandis que l’ex-premier ministre Tabboune, proche d’A.G. Salah, ne s’est pas encore démarqué… Seul Ahmed Ghozali, ancien chef de gouvernement, persiste à dénoncer « la farce » que livrent au peuple algérien les clans du système en conflit. Pour s’en convaincre, il suffit de revenir sur la menace proférée par l’actuel chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, contre le Général-major Toufik, alias Mohamed Mediene, ex-patron de la puissante DRS. Cet ancien patron des services algériens serait passible d’être traduit devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et génocide puisqu’on lui reproche d’être le géniteur du terrorisme qui a fait basculer l’Algérie dans la « décennie noire » (1992-2000) et sa responsabilité dans les événements de Ain Amenas « Outsider » et relais solides
Aujourd’hui, les feux des projecteurs restent braqués, au niveau des diverses chancelleries, sur le Général à la retraite Ali Ghediri qui fait office de véritable « outsider ». Mais un « outsider » qui dispose quand même de très forts relais dans les pays européens où une forte diaspora algérienne y réside. Y compris auprès des « Officiers libres », très critiques à l’endroit d’un système algérien à la dérive, et basés, eux, à Londres. En France, des « comités de soutien» ont été montés pour assurer au candidat sorti de l’anonymat il y a trois mois. Il s’agit-là de l’œuvre d’un ex-conseiller de Sarkozy, Abderrahmane Dahmane. A. Ghediri que beaucoup respectent pour sa rectitude et son ascétisme, trait de caractère qui tranche avec la boulimie dont ont fait preuve ses pairs qui ont basculé dans l’affairisme, ne jure que par Bismarck et… Poutine. Ce natif d’une ville minière en 1954 a réussi haut la main sa formation à l’Académie militaire de Cherchell avant de gravir les échelons au sein de l’APN pour atteindre le grade de général en 2000 et être récupéré par le DRS sous les ordres de Toufik. Ingénieur bardé de diplômes (master en relations internationales et docteur en sciences politiques), il a aussi fait l’école de guerre de Moscou, major de promo avant de diriger durant une décade les RH de l’APN. Considéré parmi les « jeunes loups » au sein de l’APN, il a été débarqué en septembre 2015, soit dix jours après que le puissant Toufik, ne tombe en décrépitude aux yeux du système qui a placé toute sa confiance en l’actuel chef d’état-major et vice-ministre de la Défense. Des analystes croient en sa bonne étoile si jamais le déverrouillage du système est à l’ordre du jour. Le facteur « homme clean » lui vaut le soutien de deux anciens généraux ayant fait carrière dans l’ex-DRS. Tahar Yaala, ancien commandant de la Marine, et le Général Mourad inconnu , « très dynamique », s’activeraient à ses côtés. Au même titre d’ailleurs que l’association « Mouwatana » pilotée par Zoubida Assoul , Sofiane Djilali.et Mokrane Ait Elarbi juriste militant des droits de l’homme très respecté devenu chef de la compagne de ce candidat qui vise le renversement du système actuel.


L’enfant d’un mineur a-t-il les chances d’accéder à la magistrature suprême en Algérie ? Difficile de lire dans le marc. Même les stratégistes occidentaux qui suivent de près l’évolution de la situation algérienne donnent leurs langues aux chats … « On n’est jamais à l’abri de surprises », assurent t-ils ….;


Mais les puissances internationales — occidentales (France, USA, Russie, Chine), ou encore arabes (Tunisie, Maroc, Emirats Arabes Unis, Arabie Saoudite) — qui semblent être préoccupées par leurs problèmes internes tirent les ficelles et attendent ce que va leur proposer chacun des potentiels candidats à la magistrature suprême du pays. En d’autres termes elles sont aussi concernées et intéressées par les présidentielles de l’Algérie afin d’acquérir de véritables projets au lendemain de ces élections.


Notons les déclarations de l’un des ces candidats et qui n’est autre que le général major en retraite Ali Ghediri qui avait déclaré dans l’une de ses rencontres avec la presse algérienne : « La sécurité de l’Algérie s’étend de l’Atlantique à la frontière Est de la Libye. Cet espace vital de l’Algérie nécessite la création d’un ensemble géostratégique homogène et uni. L’Algérie doit renouer, vu son importance, avec l’idée boumédiéniste, du noyau dur de cet ensemble comme l’Union Européenne » D’où la question que nous posons : est ce une vision hégémonique ou stratégique ?
Ce même Ghediri continue plus loin : « Je suis pour la liberté de conscience et la liberté d’expression. La 2ème République que je prône doit redonner la parole au peuple qui choisira ses propres représentants » Justement et le peuple dans tout cela ? Ce peuple qui est encore une fois muselé, marginalisé et qui est d’ailleurs habitué à cette circonstance, reste pour le moment inactif, passif. Nous avons bien dit « pour le moment ». Mais attendons le lancement de la campagne électorale pour connaître sa réaction.

Pr Abderrahmane MEKKAOUI
Expert dans les questions stratégiques et militaires

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