Quel poulailler…

Quel poulailler…
La santé n’a pas de prix. Tous les malades en savent quelque chose. Et on ne parle même pas des responsables politiques qui ne tirent leur légitimité que des citoyens pour lesquels, en principe, tout doit être mobilisé pour veiller sur leur état de santé. Le camarade ministre en charge de ce lourd dossier au sein d’un Exécutif porté par le très libéral islamiste Benkirane a dû réviser tout son laïus pour rester en phase avec la logique du « laisser aller, laisser faire». Celle qui permet aux affairistes de se repositionner sur un secteur où la demande est grande. On ne va pas faire la leçon au vénérable Pr El Ouardi qui sait qui des membres du gouvernement comptent s’assurer une clientèle des plus solvables. Car mine de rien, ici comme ailleurs, on sacrifie tout pour se faire soigner. Mais on lui reprochera certainement la légèreté avec laquelle l’homme d’Etat qu’il est traite ses semblables. Surtout lorsque la défaillance est à mettre sur le compte d’un département naguère estampillé « public».
La colère est mauvaise conseillère, convient-on. Mais comment ne pas sauter au plafond lorsque Monsieur le ministre de la Santé, incapable de mobiliser les sérums susceptibles de gérer les piqures de scorpions en pareille saison, conseille aux victimes potentielles (le monde rural en l’occurrence) d’échauler les murs de leurs demeures et de veiller à disposer d’une basse cour riche en poulets. Avec un poulailler bien garni, le risque des piqures de scorpions approcherait du zéro. Comment expliquer, dès lors, une telle approche. Là, deux pistes se présentent à l’esprit. La première a trait aux sérums anti-poisons. Si Houcine aurait-il été échaudé par le scandale étouffé des vaccins pour s’interdire toute commande publique qui risquerait d’empoisonner davantage le climat politique en cette veillée électorale ? On peut se le demander tant que les cas de piqures par scorpions et de morsures par serpents restent, en général, limités et dans le temps et dans l’espace. Si telle est l’hypothèse de base retenue par le ministre, on pourrait lui tirer chapeau. Car il aura, et c’est la deuxième hypothèse à faire valoir, économisé quelques deniers de l’Etat. Surtout que le budget alloué à la Santé est loin de répondre aux exigences du moment. Quand bien même le ministère pourrait aligner des chiffres qui attestent que le pays a franchi bien des étapes dans la réalisation des Objectifs du millénaire.
Mais ce qu’il ne faudrait faire tomber du calcul, c’est que Pr El Ouardi, futé qu’il est, favoriserait le changement du régime alimentaire dans le rural. Avec un poulailler riche, les fellahs peuvent varier le menu en consommant, sans modération, ce que permet tout élevage avicole. Un tagine de poulet «beldi » par-ci, une omelette aux herbes fines par-là, et le tour est joué. N’est-ce pas là la meilleure parade contre le cholestérol qui fait des ravages au sein de la population ? Un casse de tête de moins pour les services d’un département qui peine à boucler ses fins d’année. Avec des apports en protéines garantis, il y aura moins de fellahs à investir les dispensaires qui existent où ceux que l’on programme pour l’avenir. Pr El Ouardi peut bomber le torse, comme le font les meilleurs coqs, et pousser le cocorico d’usage. On lui reprochera toutefois de ne pas avoir misé davantage sur l’aviculture. Car il paraîtrait que des chercheurs éthiopiens ont trouvé des vertus insoupçonnées aux gallinacées : leur capacité à faire fuir les moustiques. Encore des piqures? Il aura poussé les Eaux et forêts d’économiser le lâcher d’alevins dans les divers retenues d’eau pour empêcher les larves de gêner les Marocains dans leur sommeil. Heureusement que l’on est loin de subir les assauts de la mouche tsé-tsé. Sans quoi, même à grand renfort des hélico médicalisés, les Marocains auraient les pires difficultés à se réveiller. Frère Houcine, dormez-vous ?

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.