Remaniement « houleux » tunisien: Une tempête dans un verre d’eau ?

Remaniement « houleux » tunisien Une tempête dans un verre d’eau
Remaniement « houleux » tunisien Une tempête dans un verre d’eau

En procédant à son énième remaniement gouvernemental, Youssef Chahed s’est attiré l’ire du Président de la République. Ce dernier était-il dans son droit lorsqu’il a rejeté en bloc ledit remaniement pourtant inscrit à l’ordre du jour ? Aux yeux des constitutionnalistes, le président n’avait pas à accepter ni à refuser ce remaniement, le plus important jamais opéré, qui relève des prérogatives du chef de gouvernement.  Près d’une vingtaine de départements, ministères et secrétariats d’État, sont concernés par ce remodelage, le plus large depuis l’investiture du chef du gouvernement, à l’été 2016.

S’agit-il d’une tempête dans un verre d’eau ? Difficile de pouvoir trancher à l’heure où le chef du gouvernement qui jouit du soutien de son groupe parlementaire et de celui d’Ennahda se voit confronté à l’ire de Nidaa Tounes, formation majoritaire hier qui avait porté B.C Essebssi à la tête de l’Etat. En effet, ce parti invite ses ministres à se retirer de l’Exécutif sans quoi ils seraient frappés d’exclusion. Le différend au sommet de l’Etat tunisien est bien pesant même si les deux têtes de l’Exécutif sont appelées à cohabiter jusqu’en 2019. A moins d’une surprise… qui chamboulerait les nouveaux équilibres nés depuis l’offensive de Y. Chahed.

Sur le plan politique, le remaniement sanctionne surtout la victoire des partisans du maintien de Chahed, qui oscillent entre les partisans d’Ennahda, des transfuges du parti présidentiel et une partie de l’opposition. Dans cette crise politique qui a éclaté au printemps dernier, ceux-ci ont opposé à leurs adversaires, le parti présidentiel Nidaa Tounes et nombre d’organisations nationales, la nécessaire «stabilité gouvernementale», à environ un an des prochaines élections générales.

Désormais indéboulonnable, le chef du gouvernement a dû s’adonner à un toilettage gouvernemental en se débarrassant de ses adversaires… et en confortant la position de ses anciens et nouveaux soutiens. Nombre de ministères stratégiques ont pourtant été épargnés par le remaniement. Parmi eux, les Affaires étrangères et la Défense, véritable domaine réservé du Chef de l’État, puisque la Constitution impose une «concertation» avec le Président. Pourtant, Béji Caïd-Essebsi a refusé ce remaniement, allant jusqu’à le qualifier de passage en force, puisqu’il n’a pas été consulté. Le Président ira-t-il jusqu’au clash en reproduisant le précédent Habib Essid, chef de gouvernement remercié sans ménagement ? D’autres temps, d’autres mœurs. Car depuis, la crise qui affecte le parti présidentiel Nidaa Tounes a déteint sur la position présidentielle affectée par l’érosion de la majorité. En effet, le jeu qui a permis au Président la nomination de Chahed et son maintien en orbite est désormais inopérant pour le limoger.

De premier groupe parlementaire, Nidaa Tounes n’est plus que l’ombre de lui-même puisqu’il se place en troisième position. La mauvaise gestion imputée à son icône, Hafedh Caïd-Essebsi, fils du Président, a favorisé démissions et défections. Au point d’essuyer les foudres du patron de l’Exécutif qui lui reproche d’avoir détruit une puissante formation politique qui rend pièce aux islamistes d’Ennahda. Ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, opposent leur veto au départ de Y. Chahed. L’entrée au gouvernement de Machrou Tounes, fondé en mars 2016 par des dissidents de Nidaa, «trahis» par l’alliance avec Ennahda nouée au lendemain des élections, est symptomatique d’un chamboulement sur la scène politique. En attendant les élections générales de 2019, la cohabitation à la tête de l’Etat s’avère aussi nécessaire que sensible.

 

 

 

 

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