S. Mezouar « s’éjecte » de la CGEM: Le Patronat écartelé entre consensus et dissensus

En ayant réussi sa «rentrée» patronale, en faisant le plein lors de la 2ème université d’été de la CGEM, tous les vents semblaient favorables au «patron des patrons» qui a vécu au rythme des «frondes» qu’il s’est évertué à minorer.

Mais voilà : en animant le débat lors de la World Policy Conference, à Marrakech, la langue de Salaheddine Mezouar lui a joué un vilain tour.
En se faisant l’avocat du Maghreb, l’ex-chef de la diplomatie marocaine s’est appesanti sur la situation en Algérie, sujet des plus « sensibles » côté marocain.
Croyant bien faire, il a pompeusement laissé entendre que l’armée devait écouter les manifestants pour sortir de la crise politico-institutionnelle. Et de faire le parallèle avec la Tunisie dont la présidentielle opposait, dans le calme démocratique, deux candidats antisystème.
Une prise de position « patronale » qui n’aura pas été du goût du « gouvernement de Sa Majesté », comme l’a confirmé le communiqué du MAECI publié par l’agence MAP et repris en boucle, dimanche, par les sites électroniques.

Où réside l’impair, si impair il y a, dans la charge discursive de S. Mezouar ?
Certainement dans le fait d’avoir réduit le système algérien à une oligarchie en kaki.
Mais aussi et surtout en habillant de légitimité la contestation populaire qui a cours en Algérie depuis février dernier.
Dans une tirade, S. Mezouar a assuré que « contrairement à ce que plusieurs pensent » de l’issue de la crise algérienne, notre voisin « ne reviendra pas en arrière. Donc, le pouvoir militaire devra accepter de partager le pouvoir. La solution à la problématique algérienne aujourd’hui, c’est d’amener le pouvoir à accepter la solution du partage du pouvoir. Mais il doit composer avec ceux avec lesquels il a mené une guerre interne pendant dix ans. » Parce qu’il s’agit, rappelle S. Mezouar, de « l’une des rares forces organisées qui restent encore en Algérie. Toutes les formations politiques historiques sont rejetées structurellement et radicalement par la population qui est dans la rue. »
Une tirade qui a pris les dimensions d’une « leçon » donnée à qui de droit…
La position officielle de Rabat sur le dossier algérien étant calquée sur bien d’autres capitales qui suivent de près la situation tout en opposant un « no comment » de bon aloi à ce qui s’y déroule.
Pourtant, le « patron des patrons » fait partie des « initiés » puisqu’il a assumé des fonctions ministérielles et joué, à l’international, dans la cour des grands.
Le succès lui est-il monté à la tête ? Pour ceux qui connaissent l’ancien leader du RNI, il faut croire qu’un tel défaut ne fait pas partie de ses registres.
Dès lors, de quoi serait-il question alors ?

S. Mezouar se serait aventuré sur des plates-bandes glissantes au point de gêner aux entournures une « diplomatie » marocaine qui reste engoncée dans ses traditions makhzéniennes où rien, ou presque, ne filtre.
Car qui évoque le voisin de l’Est parmi les « initiés » devrait être armé de la plus grande des circonspections pour ne pas braquer davantage le système algérien impliqué, et c’est une affirmation marocaine des plus officielles, dans le chaudron saharien.
Autant dire que le « Patron des patrons » aurait mieux agi en faisant l’économie de tout commentaire sur la situation algérienne et de se contenter d’user de la langue de bois quant au devenir du Maghreb qui, à mesure que le temps avance, rend chimérique la réalisation d’un tel idéal.

En jetant l’éponge, S. Mezouar aurait-il rendu service au Maroc et au « gouvernement de Sa Majesté » ?
La question mérite d’être soulevée. Surtout lorsqu’on sait que le système démocratique consacré par la Constitution doit s’accommoder de structures de la société civile quand bien même elles nourriraient un discours dissonant.
La CGEM dont on loue l’autonomie, lorsque cela arrange les affaires du gouvernement, vient d’essuyer les foudres de l’Etat. Pour une affaire d’autonomie. Ce qui porte un sérieux coup à la « démocratie participative » dont le système se targue au fil du temps.
Dans la forme, il y a donc quelque chose de vicié dans le système qui cherche par tous les moyens à faire la part belle au consensus alors que le sel de toute prétention à la démocratie s’accommode, lui, du dissensus.

L’incident de parcours qui met un terme (pour le moment) à la mandature de S. Mezouar à la tête du Patronat rappelle à bien des égards le lâchage de Hamid Chabat, ancien patron de l’Istiqlal.
Ce dernier, faut-il le rappeler, n’aura pas été inquiété pour ses multiples travers plus qu’il n’a été « isolé » pour ses déclarations à la hussarde qui rappelaient les joyaux de l’Empire en terre mauritanienne, comme dans le Sahara oriental usurpé, comme le confirme la littérature istiqlalienne, par notre voisin de l’Est.
Toutes proportions gardées, le parallélisme des formes renseigne sur le positionnement délicat du Royaume sur l’échiquier du monde arabe où il y a à boire et à manger.
L’Algérie est devenue, le temps d’un week-end, une « ligne rouge » que les officiels, comme les « initiés » ne doivent plus franchir.
On est loin des vertus du dissensus qui permet aux voix dissonantes de sauver les meubles d’un système démocratique en construction.
Dommage que l’on assiste à un épilogue « patronal » dont se gausseraient tous les participants au forum de la World Policy.

PS : Ci-après les passages significatifs de la réaction du MAECI :
« Le gouvernement du Roi dénonce la démarche irresponsable, maladroite et irréfléchie de Salaheddine Mezouar, président de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM), qui a cru devoir commenter la situation interne en Algérie lors d’une conférence internationale tenue à Marrakech », indique le ministère des Affaires Étrangères, de la Coopération Africaine et des Marocains Résidant à l’étranger.
Cette déclaration a soulevé des questionnements au niveau de la classe politique et de l’opinion publique quant à son timing et ses véritables motivations, précise le ministère dans un communiqué.
La CGEM, poursuit la même source, « ne peut se substituer au gouvernement de SM le Roi dans la prise de positions sur les questions internationales et notamment le développement dans ce pays voisin », ajoutant que la position du Royaume du Maroc à ce sujet est « claire et constante ».
« Le Royaume du Maroc a, en effet, décidé de s’en tenir à une attitude de non-ingérence par rapport aux développements en Algérie. Le Maroc s’abstient de tout commentaire à ce sujet. Il n’a ni à se mêler des développements internes que connaît ce pays voisin, ni à les commenter de quelque manière que ce soit », conclut le communiqué

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