Situation exceptionnelle en Algérie: De quoi est grosse la crise politico-institutionnelle ?
Situation exceptionnelle en Algérie: De quoi est grosse la crise politico-institutionnelle ?

Le mandat du président algérien par intérim Abdelkader Bensalah a expiré mardi soir, mais celui-ci garde son poste. Jusqu’à ce que l’armée, visiblement maitresse du jeu politique via le chef d’état-major Ahmed Gaid Salah, en décide autrement.

La situation pourrait rester en l’état, c’est-à-dire en recyclant le blocage politico-institutionnel, tant que de nouvelles élections ne seront pas organisées.
Si le chef de l’État intérimaire a proposé le 3 juillet dernier le lancement d’un processus de dialogue national, dirigé par des personnalités indépendantes, et dont ni l’état ni l’armée ne seraient parties prenantes, il faut convenir qu’aucune mesure concrète n’a été présentée pour l’instant.

La présidentielle prévue pour le 4 juillet pour désigner un successeur à Abdelaziz Bouteflika s’est révélée impossible à tenir.
Une réalité à l’évidence de laquelle s’était rendu le Conseil constitutionnel deux jours avant le jour « J ».
Dès lors, l’Algérie entre donc dans une période de vide constitutionnel. Ce qui va obliger à des négociations politiques. Si le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, véritable « homme fort » du système répétait qu’il fallait suivre la solution constitutionnelle, il devra faire des choix politiques… Surtout que la Constitution n’offre plus d’option. Si l’on excepte celle du coup dur qui pourrait permettre à l’armée de se hisser à la tête du pouvoir en déclarant l’état d’exception.

Du côté de l’opposition, plusieurs initiatives sont en cours.
D’abord, des organisations de la société civile se sont réunies: syndicats autonomes, collectifs et associations agréées se sont mis d’accord pour demander une transition de six mois à un an.
Les partis de tendances démocrates réunis le 26 juin souhaitent quant à eux une période de transition. Certains veulent une modification de la Constitution avant toute élection.
Enfin, la dernière réunion, celle de samedi 6 juillet, a rassemblé une dizaine de partis de tendance nationaliste et islamiste, avec d’autres organisations de la société civile.
Abdelaziz Rahabi, ancien ministre de la Communication et coordinateur de cette réunion, a annoncé qu’il souhaitait fédérer les différentes initiatives de l’opposition avant de discuter avec les autorités.

Le Conseil constitutionnel a précisé qu’il revient au chef de l’État de convoquer à nouveau le corps électoral et de parachever le processus jusqu’à l’élection du président de la République et la prestation de serment.
Un scénario qui n’est pas formellement prévu par la Constitution, alors que le mandat du président par intérim s’achève en juillet. Une situation inédite. Qui interpelle la classe politique.
A l’unisson, les formations politiques ont souligné l’illégitimité qui caractérisera, à partir d’aujourd’hui, toutes les décisions susceptibles d’être prises par le pouvoir actuel, comme elles ont dénoncé la décision prise en juin dernier par le Conseil constitutionnel de prolonger le mandat de Bensalah.
Une décision assimilée à un coup de force et une offense faite aux Algériens.

Pour Hakim Belahcel, premier secrétaire national du FFS, le pays sera confronté à partir d’aujourd’hui à une fatalité politique dictée par une crise politique multiforme, qui a été entretenue et prolongée par l’obstination des vrais tenants du pouvoir à ne pas écouter les revendications populaires légitimes.
Le FFS qualifie la décision du Conseil constitutionnel de prolonger le mandat de l’un des symboles du régime politique décrié par l’intégralité du peuple algérien d’arbitraire.
Mohcine Belabbas, leader du RCD, charge le vice-ministre de la Défense nationale qui a, selon lui, accaparé tous les pouvoirs depuis le 2 avril 2019 et vient de réussir l’exploit de mettre l’Algérie dans une situation inédite d’anticonstitutionnalité.
Le Parti des travailleurs, dont la leader, Louisa Hanoune est toujours incarcérée à la prison de Blida, considère que le pays est confronté à un double problème, celui de la légalité qui est établie par tout le monde et surtout celui de la légitimité du régime en place.
Prolonger le mandat de Bensalah par une «fatwa» du Conseil constitutionnel est, pour Taazibt, cadre au sein du PT, une offense contre les milliers d’Algériens qui n’ont pas arrêté, depuis plus de cinq mois, de réclamer le départ du système, de ses institutions (gouvernement et Parlement) et de ses symboles, dont Bensalah.

Pour la présidente de l’UCP, le Conseil constitutionnel a des prérogatives bien définies par la Constitution, et la fatwa émise début juin 2019 n’entre pas dans ses prérogatives. «Constitutionnellement parlant, il n’a pas le droit d’émettre une telle fatwa.
La prorogation du mandat du chef de l’Etat étant une décision éminemment politique, elle doit être basée sur un dialogue, la concertation et le consensus», précise Mme Assoul.
Pour elle, le prolongement du mandat de Bensalah n’est pas obligatoire, mais peut se faire s’il y a consensus sur la question.
Le mandat de Bensalah expire aujourd’hui, et si on doit veiller au respect scrupuleux de l’article 102 de la Constitution, il ne doit pas rester.
Cela dit, le pays est dans l’anticonstitutionnalité depuis 2013 avec la vacance du poste de président de la République et l’exercice de ses prérogatives par d’autres parties. Avec le maintien de Bensalah, le pouvoir a créé une légitimité de fait, mais une légitimité, de l’avis de Mme Assoul, qui ne se repose sur aucune base juridique ou constitutionnelle.

Toutefois, pour Ali Benflis, chef de file de Talaie El Hourriyet, ce 9 juillet marque la fin d’une ère et l’avènement d’une autre.
«Le changement du régime, de la Constitution et tant d’autres chantiers exige un mandat du peuple authentique et irrécusable. 
Sans un Président légitime et sans un gouvernement qui serait l’émanation d’une volonté populaire exprimée sans crainte et sans contrainte, l’ouverture précipitée de ces chantiers relèverait du saut vers l’inconnu et participerait, en plus imagé, au navire que l’on veut mener à bon port sans personne aux commandes», plaide Benflis.

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