Tempête sur le Yémen : Ambiguïtés saoudiennes

Voilà près d’un mois que le Yémen essuie une pluie de bombes venues, celles-là, du Ciel. Non pas parce que ce pays dont la pauvreté est consacrée par les différents rapports de l’ONU (60% de la population ne mange pas à sa faim) serait en proie à une quelconque malédiction céleste. Mais c’est surtout parce que son voisin saoudien, dont la transition monarchique n’a pas encore été achevée, a décidé de se lancer dans une aventure militaire qui prend les allures de raids aériens successifs. Transformant cette terre dite Felix Arabia en un amas de ruines à ciel ouvert : déjà, en trois semaines de largage des bombes, les réfugiés yéménites dépassaient la barre des 120.000, en majorité des enfants. Riyad qui pilote cette offensive militaire qui a bénéficié d’une coalition voulue large, avant que le parlement pakistanais ne décide de surseoir à tout effort militaire aux côtés des Saoudiens, poussant les Turcs à brider leur élan guerrier, dévoile les cartes de cette équipée contre le Yémen. C’est une offensive qui vise à briser la rébellion des Houthistes, une communauté chiite qui pèse pour près de la moitié dans le poids démographique du Yémen, et à rétablir la légitimité du Président Hadi, en exil. Et comme pour donner plus de poids « diplomatique» à leur guerre, les Saoudiens tentent de promouvoir un dialogue national inter-yéménite à… Riyad !
Même l’Egypte qui a accueilli, à Charm-El Cheikh, le sommet arabe qui a «avalisé » l’intervention saoudienne, avec quelques réserves, ne semble pas particulièrement portée sur une intervention militaire au Yémen. Quand bien même le Président Al-Sissi afficherait sa ferme volonté quant à ne plus badiner avec « la sécurité arabe »… La logique du « temps de la route » ne semble pas prendre dans le cas du Yémen, l’Arabie Saoudite qui agit comme une véritable pompe à finances pour la survie de l’économie égyptienne, n’étant pas agressée pour justifier un alignement militaire égyptien sur les lignes saoudiennes. Plus, le pays du Nil pour qui Bab Al Mandab revêt une importance stratégique de premier ordre, le Canal de Suez étant la veine jugulaire de l’économie égyptienne, se contente de suivre l’évolution de la situation. Tout blocage de la navigation étant circonscrit par ailleurs, Américains et Français, dont la présence militaire dans la région est un secret de polichinelle, assurant la veille stratégique depuis que le Yémen est en proie au djihadisme… Celui qui a été promu en Afghanistan avant de s’étendre tel un chancre pour affecter jusqu’à la Corne de l’Afrique et bien au-delà.
Si des commentateurs occidentaux ont applaudi à l’idée d’un « réveil » arabe devant prendre les formes de la constitution d’une force commune, à laquelle l’Egypte n’est pas étrangère, force est de souligner qu’une telle projection ne fait qu’avaliser un constat promu par quelques capitales arabes, d’Amman à Riyad, quant à la montée en puissance du chiisme, branche minoritaire de l’islam, à majorité sunnite. Mais une telle construction idéelle tient-elle la route lorsqu’on voit que c’est l’Iran qui agit en pompier dans la région, de l’Irak au Liban, en passant par la Syrie? Fait-on preuve d’incrédulité lorsqu’on constate que seul l’appui de Téhéran est réellement actif dans la lutte contre Daech dont la rapidité d’implantation dans bien des pays soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses ? Cet « Etat Islamique », honni à l’international et dont le danger est déjà chose réelle au Yémen et en Egypte, etc.
Bien des analystes soutiennent l’idée que Riyad est entrée en guerre contre l’Iran bien avant son offensive contre les miliciens Houthistes au Yémen. Telle serait l’explication fournie quant au recours à l’arme du pétrole, la baisse des cours mondiaux devant pénaliser « l’ennemi chiite » engagé dans les derniers mètres de la course pour arracher un accord sur son programme nucléaire avec la communauté internationale. Les Américains qui ont la main sur ce dossier savent bien ce que représente l’Iran, puissance régionale incontournable. Et ses responsables n’ont pas manqué de le souligner en rappelant que Téhéran dispose d’une vision globale alors que les pays arabes n’arrivent pas à donner une lisibilité dans leur perception du monde au-delà des frontières de chacune des capitales prises à part.
Dès lors, rien d’étonnant à ce que des stratèges assurent que Riyad, en se laissant entrainer dans une épreuve de force avec l’Iran, par pays interposés, joue avec le feu. La guerre du Yémen se fait ainsi par procuration, contribuant davantage à attiser le feu qui ravage la région du Machrek.
A qui profite tout ce déluge d’enfer qui s’abat sur le Yémen aujourd’hui ? Nul besoin de rappeler que les promoteurs du « chaos créateur », adapté à la géopolitique régionale, se frottent déjà les mains. A l’idée d’écouler plus d’armes qu’il ne faut pour une région des plus explosives. Que l’Orient est compliqué, comme disait De Gaulle…

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