En Libye, les armes prennent le pas sur les discussions. Le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, poursuit son offensive vers Tripoli avec ses forces de l’Armée nationale libyenne (ANL). Les appels à l’arrêt des hostilités n’y changent rien. Un dernier bilan fait état de 35 morts et plus de 2 800 déplacés, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Après une courte trêve dans la nuit de dimanche, les hostilités ont repris lundi 8 avril. Un avion militaire non identifié a même mené une frappe sans faire de victimes contre l’aéroport de Mitiga, seul aéroport fonctionnel de la capitale libyenne, situé dans la banlieue est de Tripoli. L’autorité de l’aviation civile a aussitôt décidé de suspendre le trafic aérien jusqu’à nouvel ordre. L’ONU impute le raid aérien à K. Haftar. Dans un communiqué, l’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, « condamne l’attaque aérienne perpétrée aujourd’hui par un avion de l’ANL contre l’aéroport de Mitiga, le seul aéroport opérationnel de la capitale à être utilisé à des fins civiles ».

Des combats ont par ailleurs été signalés à Wadi Rabi ainsi que dans le périmètre de l’aéroport international situé dans le sud de Tripoli. Cet aéroport est inutilisé depuis sa destruction par des combats en 2014, mais sa position est stratégique. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a fermement condamné lundi l’escalade de la violence autour de la capitale libyenne Tripoli et appelé à un arrêt immédiat des combats. L’Union européenne a également appelé le maréchal K. Haftar à arrêter son offensive contre Tripoli. L’Union européenne a également réagi. La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, appelé lundi le maréchal Khalifa Haftar à arrêter son offensive contre Tripoli et à revenir à la table des négociations pour éviter une guerre civile en Libye. Federica Mogherini a ensuite expliqué que l’appel était essentiellement adressé à l’homme fort de l’est libyen. « Qui a lancé une offensive sinon Haftar? » a-t-elle souligné. « Les États membres se sont montrés extrêmement unis », a-t-elle affirmé.

Cette offensive compromet la tenue d’une conférence nationale organisée sous l’égide de l’ONU à Ghadamès, dans le sud-ouest du pays. L’émissaire de l’ONU pour la Libye, G. Salamé, a assuré samedi que cette conférence était maintenue aux dates prévues, du 14 au 16 avril, sauf en cas de « circonstances majeures ».

Le spectre d’une guerre d’envergure en milieu urbain, avec son cortège de « dommages collatéraux », plane sur la Tripolitaine.

Cette offensive n’aurait certainement pas eu lieu sans le soutien résolu de ses parrains régionaux, à commencer par les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et l’Egypte, comme sur la bienveillance de la Russie et sur la duplicité française.

Marginalisé par l’accord inter-libyen conclu à grand-peine en décembre 2015 à Skhirat (Maroc), prélude à l’instauration du GNA, le maréchal s’emploie à le saborder. Oubliées les périodes de trêve et de salamalecs de circonstances, le dernier en date remonte à février dernier, al-Sarraj et Haftar se retrouvent à Abou Dhabi et conviennent d’un arrangement: il est question de la formation d’un nouveau cabinet d’union et de la tenue d’élections avant la fin de l’année. Le premier nommé garderait les rênes de l’exécutif -ou de ce qui en tient lieu- ; quant au second, il hériterait de la dignité de commandant suprême d’une armée réunifiée. Sans pour autant se soumettre à la tutelle d’un Premier ministre non élu, donc jugé illégitime…

K. Haftar qui, dans une vie antérieure, s’établit aux États-Unis et collabora avec la CIA, reste sourd à toutes les objurgations. C’est en vain que Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, réclame « l’arrêt immédiat » de l’offensive tripolitaine. Le Kremlin, lui, appelle « toutes les parties » à la retenue, et ce après avoir torpillé l’adoption par le Conseil de sécurité d’une déclaration d’initiative britanniques enjoignant à l’ANL de suspendre sa progression.

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