Transition difficile en Algérie: Que cache la nouvelle valse des généraux ?

Transition difficile en Algérie: Que cache la nouvelle valse des généraux ?
Transition difficile en Algérie: Que cache la nouvelle valse des généraux ?

Lapidaire, le communiqué de la Présidence qui annonce le limogeage de plusieurs hauts gradés algériens n’en est pas moins expressif. D’un état de dépression au sein de l’état-major que pilote aujourd’hui Ahmed Gaid Salah, également vice-ministre de la Défense.

Le président de la république par intérim, Abdelkader Bensalah, a procédé au limogeage de 5 hauts responsables de régions militaires ; 3 généraux-majors, un général et un colonel ont été démis de leurs fonctions, selon le journal officiel publié lundi 22 juillet.
Il s’agit du général-major Said Boucenna, chef d’état-major de la 2e région militaire, du général-major Amar Bouafia, commandant adjoint de la 3e RM et du général-major Abdelwahab Cherairia, commandant adjoint de la 4e RM.
Le général Taher Ferhati, chef d’état-major de la 4e RM et le colonel Chouaib Semahi, chef d’état-major de la 6e RM ont également été limogés.

De nouveaux chefs d’état-major ont été nommés dans les trois régions militaires concernées.
Le colonel Nassir Bouhama est nommé chef d’état-major de la 2e région militaire, le colonel Moussa Sadou à la 6e région militaire, et le général Ammar Zaimi a été désigné au poste de chef d’état-major de la 4e région militaire.
Enfin, le général-major Foudil Nacereddine a été nommé adjoint au commandant de la 3e militaire et le général-major Mohammed Tayeb Brakni a été désigné au même poste à la 4e région militaire.

Cette nouvelle valse des généraux est imputable à la crise qui sévit au sein même de l’appareil militaire, épine dorsale du système algérien, et qui se trouve alimentée par l’attitude à adopter vis-à-vis du Hirak qui secoue l’Algérie depuis plusieurs mois. Car au sein de l’armée algérienne que les manifestants appellent à la retenue en leur rappelant l’esprit « khaoua-khaoua », soit des frères qui vivent dans la même galère, deux camps s’opposent.
L’un, plus réceptif aux injonctions des puissances du Golfe qui aspirent à annihiler l’esprit de « révolution » devant aboutir à l’avènement de la Deuxième République, serait tenté par la gestion répressive de la contestation. Alors que l’autre est plus enclin à accompagner le mouvement dans ses revendications de « rupture » avec le système et ses hommes-lige.

S’il est difficile de pouvoir juger vers qui la balance penche au sein de l’état-major, force est de rappeler que la décision se rapportant à ce mouvement de chaises musicales à la tête de l’appareil militaire ne saurait être que l’œuvre d’un A. G. Salah, actuel « homme fort » du système.
Ce dernier qui manie la carotte et le bâton depuis que Abdelaziz Bouteflika a été dégagé de la Présidence, n’aura pas emprunté le même cheminement que la junte soudanaise qui a réprimé dans le sang les manifestants, le bilan s’établissant à au moins une centaine de morts depuis que les appels au départ d’Omar El Béchir ont fusé à Khartoum.
N’empêche, depuis deux semaines, les « vendredire » sont gérés avec un déploiement de forces des plus impressionnants.
Autant dire que l’Algérie n’est pas à l’abri d’une bavure…

L’armée sous la loupe de Brookings

En attendant, un sondage réalisé par l’institut américain Brookings révèle que la majorité écrasante du peuple veut un changement radical du système politique.
Une enquête menée par des universitaires américains conclut que les Algériens soutiennent que la démocratie est la meilleure forme de gouvernance politique.

Cette étude, réalisée par Sharan Grewal, Tahir Kilavuz et Robert Kubinec, a été menée en ligne entre le 1er avril et le 1er juillet 2019 auprès de plus de 9.000 Algériens pour mesurer leurs attitudes à l’égard de la révolte populaire, ainsi que leurs objectifs.
La population sondée comprend aussi un vaste échantillon de 1.700 militaires de différents grades.

Les résultats du sondage montrent que la majorité des Algériens soutient le mouvement de protestation et souhaite un changement radical dans le système politique.
Ils révèlent aussi que les personnes sondées ont ras-le-bol de la corruption et souhaitent une transition démocratique.

Quant aux militaires, ceux de grades inférieurs (soldats et officiers subalternes) sont largement d’accord avec les manifestants, mais les officiers supérieurs sont réfractaires aux changements revendiqués.
Au sein de l’armée, les subalternes sont très favorables à cette révolte.
Ils soutiennent les manifestants et sont solidaires avec leurs revendications. Sur presque toutes les questions, les soldats et les officiers subalternes ont eu la même altitude que les manifestants.
Les officiers supérieurs de l’armée, par contre, sont plus prudents et expriment du scepticisme à l’égard de la démocratie et d’une voie révolutionnaire.

Les citoyens sondés sont soulagés de la démission de Bouteflika et sont solidaires avec le mouvement de protestation.
Même ceux qui ne participent pas à la révolte sont à 60 % avec les objectifs et souhaitent la poursuite du mouvement populaire.
La majorité des Algériens interrogés veulent un changement radical du système politique et pensent que la démocratie est la meilleure forme de gouvernance.

L’enquête démontre que la feuille de route transitoire actuelle est intenable.
Ils sont seulement 20 % des manifestants à penser que les élections présidentielles du 4 juillet annulées auraient été transparentes et libres.
Au lieu de cela, les personnes interrogées souhaitent une nouvelle constitution et la démission du président par intérim Abdelkader Bensalah ainsi que du Premier ministre Noureddine Bedoui.
Les revendications vont jusqu’à demander la confiscation des biens appartenant aux hommes d’affaires proches de Bouteflika et l’interdiction pour les hauts responsables de son clan de se présenter aux prochaines élections.

Bien que la révolte n’ait pas été dirigée par un chef, plusieurs personnalités sont populaires parmi les manifestants.
Il s’agit notamment de militants de l’opposition, comme l’économiste Farès Mesdour, l’avocat Mustapha Bouchachi et le président de l’Union démocratique et sociale, Karim Tabou. Mais les plus populaires sont les hommes d’État qui ont servi avant l’ère Bouteflika, tels que l’ancien président Liamine Zeroual, l’ancien premier ministre Ahmed Benbitour, et l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi.
Ces derniers ont été présentés comme candidats potentiels de consensus entre les manifestants et le régime.

Les islamistes organisés dans des partis politiques ou ceux qui sont dans l’illégalité ne sont pas populaires. Le constat est partagé même pour les partis politiques laïques.
Ainsi, l’idéologie ne semble pas être un facteur déterminant dans les revendications.
Au lieu de cela, les figures centristes sont perçues comme capables de faire le pont entre l’idéologie et la politique. En particulier, ceux qui ont refusé de participer aux élections sous Bouteflika bénéficient d’un plus grand soutien.
Toutefois, à ce stade, très peu de répondants à ce sondage savent pour qui ils vont voter aux prochaines élections présidentielles ou législatives.

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