Trêve fragile dans le Nord-Est syrien: Après la médiation US, les regards se tournent vers Moscou
Trêve fragile dans le Nord-Est syrien: Après la médiation US, les regards se tournent vers Moscou

La pression US sur Ankara aura abouti à une trêve fragile.
À Ras Al Ain, les combats font toujours rage et les dégâts causés par les obus turcs sur les civils laisse craindre le recours, par l’armée turque, à des munitions dont l’usage est prohibée contre les civils.
Le Président turc, attendu à Moscou, révisera-t-il ses ardeurs ?

Au neuvième jour de l’offensive turque dans le nord de la Syrie, les Etats-Unis ont annoncé, jeudi 17 octobre, que la Turquie allait suspendre ses opérations dans la région pendant cinq jours, ce qu’Ankara a confirmé.
Le vice-président américain Mike Pence, en visite dans la capitale turque, et le président turc Recep Tayyip Erdogan se sont entretenus pendant quatre heures pour mettre au point cet accord de cessez-le-feu. Mais il faut croire que l’accord âprement discuté pour être finalement « arraché » n’aura pas résisté sur le terrain.
À Ras Al Ain, le langage de la canonnière reste dominant.

Ailleurs, l’armée arabe syrienne progresse vers le nord.
Elle est entrée dans Manbij, précédemment occupée par les Américains, et dans Tabqa, occupée par les Kurdes, d’où elle pourra reprendre le contrôle de la plus grosse centrale hydro-électrique de Syrie.
Elle se rapproche aussi de la frontière turque, notamment à Kobané et à Tall Tamer, tout prêt des zones de combat qui opposent l’armée turque et ses supplétifs islamistes syriens aux YPG kurdes.
Les Russes accompagnent ces mouvements de l’armée syrienne par de nombreuses patrouilles afin d’éviter tout heurt entre Turcs et Syriens.

L’optimisme dont a fait preuve M. Pence a tout pour ne pas s’inscrire dans la durée.
Lui qui a précisé que l’armée turque allait suspendre ses opérations pendant cent vingt heures, le temps du retrait des miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), et il a ajouté que les Etats-Unis avaient déjà commencé à sécuriser ce repli.
L’accord prévoit aussi que la Turquie s’abstienne de toute opération militaire dans la ville syrienne de Kobané.
Washington assure aussi qu’Ankara va mettre fin à son offensive si les forces kurdes se retirent de ce secteur durant ce délai.
L’« offensive s’arrêtera lorsque ce retrait sera terminé », a déclaré M. Pence à la presse. Les forces kurdes devront se retirer d’un secteur d’une profondeur de 32 km censé se transformer à terme en « zone de sécurité ».
« Nous suspendons l’opération, nous ne l’arrêtons pas », a déclaré le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu.
« Nous pourrons arrêter l’opération seulement lorsque [les forces kurdes] se seront retirées complètement de la région », a-t-il ajouté.
« Nous avons un cessez-le-feu de cinq jours », a déclaré Donald Trump depuis Fort Worth, au Texas.
« Les Kurdes sont incroyablement heureux de cette solution », a-t-il ajouté, se disant particulièrement satisfait que les négociations aient abouti « aussi vite ».
« C’est un grand jour pour la civilisation », a assené le milliardaire républicain, assurant avoir obtenu « tout ce dont nous aurions pu rêver ».
« Nous sommes prêts à respecter le cessez-le-feu », a annoncé Mazloum Abdi, le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance de combattants kurdes et arabes qui résiste à l’offensive lancée par la Turquie dans le nord syrien, lors d’une intervention téléphonique sur la chaîne de télévision kurde Ronahi.

Le cessez-le-feu concerne le territoire compris entre Ras Al-Aïn et Tall Abyad, a toutefois souligné le commandant en chef des FDS, précisant que le sort des autres régions sous contrôle kurde n’a pas été discuté.
Pour le commandant Abdi, Washington a pour devoir « d’empêcher un changement démographique dans la région, et [d’assurer] le retour des habitants dans leurs maisons ».

C’est en ce sens qu’est intervenu le représentant spécial américain pour la Syrie, James Jeffrey, assurant que la Turquie avait promis aux Etats-Unis que sa « zone de sécurité » dans le nord de la Syrie serait temporaire et ne provoquerait pas de déplacements massifs de populations.
« Les Turcs nous ont assuré à plusieurs reprises qu’ils n’avaient aucune intention – absolument aucune intention, depuis le président Erdogan jusqu’à d’autres responsables à un niveau inférieur – de rester en Syrie très longtemps », a-t-il déclaré à des journalistes à bord de l’avion du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, qui se rend en Israël après une étape à Ankara. Rejoignant en cela les assurances déjà formulées, depuis Moscou, par le Conseil russe de sécurité.

Les dirigeants de l’Union européenne ont réagi à la suspension de l’opération militaire et ont appelé Ankara à l’abandonner et à retirer ses troupes.
Plus tôt, les Kurdes avaient réclamé l’instauration d’un couloir humanitaire afin d’évacuer les civils et les blessés de la ville frontalière de Ras Al-Aïn, à moitié contrôlée par les forces turques.
Jeudi matin, l’hôpital de Ras Al-Aïn était endommagé par des bombardements.
« Le personnel médical est encerclé dans l’établissement », a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), selon qui la moitié de la ville est sous le contrôle de l’armée turque et de ses supplétifs.
Le même observatoire a estimé à plus de 300 000 le nombre de déplacés causés par l’opération turque. Le bilan humain, selon cette même organisation, s’élève à au moins 72 morts parmi les civils en Syrie et 203 parmi les combattants prokurdes.

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