La Tunisie a un nouveau chef de gouvernement : Un quadra en signe d’espoir…

La Tunisie a un nouveau chef de gouvernement : Un quadra en signe d’espoir…
La rentrée politique s’est réalisée plutôt que prévue en Tunisie. Le jeune successeur de Habib Essid à la Kasbah, apporte aussi son lot à la rituelle fébrilité des négociations pour la composition du nouveau gouvernement. Youssef Chahed, le plus jeune chef de gouvernement depuis l’indépendance, est-il l’homme de la situation ?
En jetant son dévolu sur Youssef Chahed, Béji Caid Essebssi, en vieux routier du système politique tunisien, aura certainement voulu donner un signal fort en ces temps difficiles par lesquels passe le pays aux destinées duquel il préside. Le quadra qui ne manque pas de technicité ni de l’épaisseur politique, deux qualités nécessaires pour réussir à se mouvoir entre les courants dominants, est plus tenu d’incarner l’ambition de sa génération et les espoirs de la majorité des Tunisiens que de satisfaire aux exigences partisanes. Les déçus de «la révolution du jasmin », et ils sont nombreux, ne manqueront certainement pas d’évaluer à leur juste valeur ses moindres faits et gestes. Et le premier examen auquel il sait d’emblée qu’il sera soumis est lié au choix des femmes et des hommes devant composer l’équipe gouvernementale. Si les délais paraissent courts, en l’espace de quelques jours il devra gérer les appétits démesurés des uns et les attentes des autres, l’homme politique qu’il incarne sait pertinemment qu’il doit se conformer aux règles de « l’art du possible ». Réussir à jouer à l’équilibriste, entre un Nidaa Tounès envahissant et un Ennahda conquérant, est le challenge de départ. Mais une fois cet écueil évité, et il n’est point à minorer à l’approche des élections locales dont on murmure qu’elles seraient susceptibles d’être reportées, « l’équipe de choc » qu’il aura composé devra vite s’atteler au travail pour rattraper le temps perdu. Car la situation qui s’est dégradée sur les plans social et économique depuis cinq ans a tendance à devenir intenable. Ce qui pourrait représenter une réelle menace pour la stabilité du pays qui, faut-il le rappeler, compte bien des « katibas» de djihadistes à l’étranger. On comprend dès lors que parmi les priorités qu’il avait énoncé juste après avoir été chargé par le Président Sebssi de ses nouvelles fonctions l’économie et la stabilité du pays aient été promues en tête de liste. En acceptant de relever le défi, Youssef Chahed sait à quoi s’en tenir. Et les têtes de chapitre sur lesquels il doit aiguillonner l’action de son équipe sont aussi variés que prégnants: menaces sécuritaires, croissance en berne, déficit budgétaire, dérive des finances publiques, corruption, dialogue social, environnement dégradé… A tous les étages, la réalité est des plus asphyxiantes. Le legs de la Troïka est assez lourd à gérer. Pour ne pas dire qu’il a tout bonnement réussi à plomber les moteurs qui permettaient à la Tunisie de rouler sans trop de casse.
Certes, Youssef Chahed part avec de bons à-priori : un consensus politique aura été dégagé autour de la composition d’un gouvernement d’Union nationale. Mais la grande question qui se pose a trait, elle, au positionnement que prendra l’UGTT, puissante centrale syndicale s’il en est, vis-à-vis des mesures «choc» que « l’équipe choc » sera appelée à prendre. Et cela risque de faire flamber le champ social, véritable fonds de commerce auquel s’accroche la puissantissime Centrale syndicale. Y. Chahed sait de quoi est faite l’administration publique qui a pris les allures d’un réel mammouth après la révolution. Tout dégraissage ne se fera pas aussi aisément à l’heure où l’efficience de l’administration est un facteur de compétitivité à ne pas négliger. D’ores et déjà, la quadrature du cercle se profile à l’horizon avec les augmentations salariales programmées au profit de la fonction publique en 2017. Se détourner d’un tel engagement qui pèsera lourd dans l’équilibre du budget (2,2 milliards de dinars à débourser à titre d’augmentations salariales pour la fonction publique) représentera un test de vérité pour le gouvernement attendu. D’autant plus que toute largesse, qui paraît nécessaire au regard du coût de la vie, agirait comme un effet « boule-de-neige» qui n’épargnerait point sur son passage un secteur privé déjà rendu exsangue par des années d’instabilité. Et là aussi, l’UTICA qui a été associée par le Président aux débats qui ont précédé le débarquement de H. Essid, aura son mot à dire. Le concordat social devant être dégagé entre syndicats et patronat. A quel prix se négociera donc la trêve sociale ?
On retiendra que l’initiative lancée par Béji Caïd Essebsi visait l’implication de la centrale ouvrière dans l’action gouvernementale. Une fois l’échec essuyé absorbé, c’est la quête de l’adhésion de l’Ugtt à un programme de gouvernement d’union nationale qui a été recherchée. N’empêche, il faut croire que l’Accord de Carthage, avalisé par 3 organisations et 9 partis, représente une bonne plateforme de départ pour Youssef Chahed et son équipe. A charge pour lui de faire en sorte que « l’agreement » ainsi obtenu puisse s’enrichir d’un programme d’action finement décliné, avec des priorités et un échéancier. C’est au prix de cet effort là que l’équipe de Y. Chahed s’entourera de toutes les chances de succès. Assis, bien entendu, sur une alliance politique soudée qui plus est jouissant de l’assentiment de l’Ugtt, outre la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple et la mobilisation de la société civile. En tout cas, le successeur de H. Essid a tôt fait de fixer les axes prioritaires composant l’agenda que son gouvernement s’engagera à exécuter conformément au programme contenu dans l’Accord de Carthage. Ledit agenda se focalisera sur cinq principaux axes : la lutte contre le terrorisme et la corruption, l’impulsion du rythme de développement, la création d’emplois, le rétablissement des équilibres financiers et les questions environnementales, la propreté en premier lieu. Le programme du gouvernement et sa composition seront présentés à l’Assemblée des représentants du peuple dans les plus brefs délais, a-t-il assuré. S’adressant à l’ensemble des Tunisiens, le nouveau chef du gouvernement désigné a sollicité l’appui et le soutien des citoyens, exhortant «toute la classe politique, les représentants des médias et les organisations nationales à assumer leurs responsabilités en cette conjoncture délicate». Si Chahed et son équipe obtiennent la confiance du Parlement, il deviendra le plus jeune chef de gouvernement depuis l’indépendance de la Tunisie en 1956.
Le jeune quadra réussira-t-il l’exploit de remettre la Tunisie sur les rails de la croissance économique et sociale ? Les jours qui suivront apporteront leur lot d’éclairages…

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