Une centaine de sociétés dans les colonies israéliennes: Les sanctions brandies par les Palestiniens

Une centaine de sociétés dans les colonies israéliennes: Les sanctions brandies par les Palestiniens
Une centaine de sociétés dans les colonies israéliennes: Les sanctions brandies par les Palestiniens

L’Autorité palestinienne a déclaré mercredi qu’elle poursuivrait les entreprises qui figurent sur la liste des entreprises actives dans les implantations de Cisjordanie établie par le Haut-Commissaire des droits de l’Homme des Nations unies.

Saluant la publication de cette liste, Mohammad Shtayyeh, Premier ministre de l’AP, a appelé les entreprises à cesser leurs activités dans les implantations. « Nous poursuivrons en justice les entreprises citées dans le rapport par le biais des institutions juridiques internationales et des tribunaux de leurs pays respectifs pour leur rôle dans la violation des droits de l’Homme », a fait savoir Shtayyeh, selon l’agence de presse officielle de l’AP, Wafa.

Il a appelé les entreprises opérant en Cisjordanie à fermer immédiatement leurs bureaux et leurs succursales dans la région, affirmant qu’elles violaient le droit international et les résolutions des Nations unies. « Nous exigerons des compensations pour l’utilisation illégale de nos terres occupées et pour l’exercice d’une activité économique sur nos terres sans soumission aux lois palestiniennes et sans paiement d’impôts », a-t-il ajouté.

M. Shtayyeh a également suggéré que les entreprises pourraient se déplacer vers des zones contrôlées par l’AP pour éviter d’éventuelles représailles.

Le haut responsable palestinien Saeb Erekat a salué la publication de la liste, la qualifiant de bénédiction pour la crédibilité du conseil « face à l’attaque féroce et à la pression intense que l’administration Trump exerce sur ces institutions ».

« Bien que cette liste n’inclue pas toutes les entreprises qui profitent de l’entreprise illégale de colonisation d’Israël en Palestine occupée, c’est une première étape cruciale pour restaurer l’espoir dans le multilatéralisme et le droit international », s’est réjoui S. Erekat dans un communiqué.

La liste « devrait servir de rappel à la communauté internationale sur l’importance de renforcer les outils pour mettre en œuvre le droit international dans un contexte de remise en question de l’illégalité des colonies israéliennes », a-t-il ajouté.

Pour l’heure, la liste dressée par les Nations unies est sans conséquence légale immédiate. Mais cela ne doit nullement faire oublier l’effort déployé pour l’établir et la rendre publique. Car il aura fallu trois ans, de multiples reports et une mobilisation active de la société civile et de coalitions d’Etats membres pour que les Nations unies (ONU) se résolvent à publier, mercredi 12 février, la liste des 112 entreprises qui continuent de commercer illégalement avec les colonies israéliennes en Cisjordanie.

C’est par un simple communiqué que le bureau de la haut-commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a rendu public les noms des entreprises épinglées par l’ONU. Parmi elles, des sociétés de transports comme la firme française Altsom – qui avait répondu à un appel d’offres pour le tramway de Jérusalem avant d’y renoncer – ou encore de célèbres sites de location ou de tourisme installés aux Etats-Unis et au Royaume-Uni tels que Airbnb, Opodo, Expedia ou encore Booking.com.

Mais la majorité de ces entreprises (94) est israélienne : ce sont des cafés, des stations-service, des banques…

Ce rappel au droit international a crée un électrochoc en Israël. Le gouvernement israélien, dont la majorité parlementaire a multiplié depuis 2015 les projets de loi à la Knesset visant à légiférer sur les colonies, brouillant la distinction entre le droit israélien et le régime d’occupation militaire qui y demeure en vigueur depuis 1967, notamment dans le domaine économique, a fustigé la démarche onusienne. Même son de cloche du côté de l’opposition, l’ex-chef d’état-major Benny Gantz, a lui aussi critiqué la publication de l’ONU, dénonçant « une journée noire pour les droits de l’homme », tout comme le parti de gauche Meretz. Le président Reuven Rivlin lui-même est allé jusqu’à évoquer « une initiative honteuse qui rappelle des périodes noires de notre histoire ».

L’ONU avait pourtant pris soin de déminer autant que possible la sortie de ce rapport explosif en soulignant que cette liste « ne constitue pas, et n’entend pas constituer, un processus judiciaire ou quasi judiciaire » alors que les Israéliens craignent qu’elle ne serve de base à de futurs boycotts. Mais des risques de retombées économiques indirectes existent pour ces entreprises, y compris pour les sociétés israéliennes, notamment pour leur financement à l’étranger.

Pour les organisations de défense des droits de l’homme, cette publication qui a suscité tant d’atermoiements au plus haut niveau – le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, avait été accusé de repousser sa sortie alors que Washington mettait son financement à l’ONU dans la balance – est salutaire. « Cela montre l’indépendance de la haut-commissaire et du conseil des droits de l’homme », salue John Fisher, de l’organisation Human Rights Watch. La Fédération Internationale des droits de l’homme (FIDH) voudrait pour sa part y lire « un rappel ferme aux Américains que les Nations unies accordent la primauté au droit international pour ne pas créer de précédent ».

Révisée annuellement, cette liste pourra s’allonger…

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