Zakia Driouich : « La flotte européenne incitée à débarquer au Maroc »

Zakia Driouich Secrétaire général du ministère de la Pêche maritime
Zakia Driouich Secrétaire général du ministère de la Pêche maritime

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La Stratégie Halieutis arrive à échéance en 2020. Ambitieuse, cette démarche promue par l’Etat soulève nombre de questions. Dans le souci d’établir un bilan d’étape, Zakia Driouich, Secrétaire général au département de la pêche maritime a bien voulu sacrifier au jeu des questions réponses pour faire la lumière sur les réalisations comme sur les attentes. Edifiant.

Quelle évaluation pourrait-on faire de la stratégie Halieutis depuis son lancement? Quid des piliers durabilité, compétitivité et performance ?

Lancé en 2009 par Sa Majesté Le Roi Mohammed VI, que Dieu Le Glorifie, le Plan Halieutis est la stratégie de développement et de modernisation du secteur de la pêche maritime national. C’est une stratégie intégrée du secteur, focalisée sur la ressource, les infrastructures et le produit. Elle ambitionne de valoriser de façon durable la ressource halieutique marocaine, de doubler le PIB du secteur halieutique marocain d’ici 2020 et ainsi, de faire du secteur halieutique un moteur de croissance pour l’économie marocaine. Cette stratégie est articulée autour de trois axes principaux. La durabilité vise à assurer la pérennité du secteur pour les générations futures. La performance  tend à assurer une qualité optimale des produits de la pêche, du débarquement à la commercialisation. Quant à la compétitivité, elle cherche à proposer des produits valorisés et compétitifs en facilitant l’accès des industriels aux matières premières et en développant leur présence sur les marchés les plus porteurs. Ces trois volets sont complétés par un axe transverse qui cible, notamment, la formation, l’adaptation du cadre juridique du secteur et la gouvernance. L’ensemble de ces axes sont déclinés en une série de projets qui ont donné des résultats probants après pratiquement 10 ans de mise en œuvre d’Halieutis. L’action du Département de la Pêche Maritime a ciblé pour l’axe durabilité le renforcement de la recherche scientifique, qui s’est vue assignée deux objectifs majeurs : la compréhension de l’évolution des stocks et son suivi régulier, permettant ainsi la mise en place de 18 plans d’aménagements et de mesures de gestion. Actuellement, 96% des captures réalisées sont gérées durablement, contre à peine 5% en 2007. Ensuite, l’équipement des navires de pêche d’un système de géolocalisation par satellite et l’élaboration d’une procédure de certification électronique des captures dans le cadre de la lutte contre la pêche INN (Illicite, Non déclarée et Non réglementée), instaurant de fait une traçabilité le long de la chaîne de valeur des produits de la mer.

La planification et la mise en œuvre des plans aquacoles constituent le pilier de la stratégie de l’Agence nationale pour le Développement de l’Aquaculture (ANDA), pour permettre l’accompagnement, le conseil et le développement des projets dans le secteur. L’ANDA a réalisé des études au niveau de 8 régions côtières sur 1.769 km, afin de valoriser les zones propices à l’aquaculture et identifier des sites favorables pour les différentes espèces marines et ainsi orienter l’investissement. Cinq plans d’aménagement ont été élaborés à ce jour, démontrant un potentiel de production aquacole annuelle de 380.000 tonnes. Ces plans d’aménagement ont donné lieu à 5 Appels à Manifestation d’Intérêt à l’attention d’investisseurs désireux de lancer des projets aquacoles dans les régions de Dakhla, Souss-Massa, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, l’Oriental et Guelmim-Oued Noun (province de Sidi Ifni).

Il est à signaler que le Maroc est le premier producteur de poisson de capture marine en Afrique et le 13ème au niveau mondial (Chiffres de l’année 2016 –source : FAO).

Le volume de la production nationale a totalisé 1.371.000 tonnes en 2018, soit une croissance annuelle moyenne de 2,3% sur la période 2010-2018.

Pour l’axe Performance, un large programme de renforcement de la performance des infrastructures de débarquement et du réseau de commercialisation des produits de la mer a été mis en œuvre dont notamment :

Le département a poursuivi le programme de construction d’infrastructures de débarquement et de commercialisation des produits de la pêche au profit de la pêche artisanale. Cela s’est traduit par la construction de PDA (Points de Débarquement Aménagés) et de Villages de Pêcheurs (VDP). A ce jour, 42 Villages de Pêcheurs et Points de Débarquement Aménagés sont réalisés, et 7 autres sites sont en cours et programmés. Ces infrastructures contribuent à hauteur de 70% au chiffre d’affaires de la pêche artisanale. L’investissement total au titre de la totalité du programme s’élève à 3,1 MMDH. Halieutis a lancé et développé des halles de nouvelle génération (HNG) qui visent à assurer des conditions optimales pour la commercialisation des captures dans les ports de pêche. A ce jour, sur 12 HNG programmées, 10 sont achevées et opérationnelles et 2 sont en cours de réalisation à Casablanca et Essaouira. Parallèlement à la première vente, un programme de construction de 10 marchés de gros de poisson a été lancé. Il vise la création de centres régionaux de distribution du poisson à même de rapprocher les lieux de débarquement et de commercialisation. A ce jour, la totalité des marchés sont livrés, trois d’entre eux sont en cours d’opérationnalisation à Inezgane, Tanger et Tétouan. Parallèlement à l’action sur la ressource et les infrastructures de débarquement et de commercialisation, l’action a porté sur la compétitivité des produits de la pêche en ciblant la régularité de l’approvisionnement tant sur le plan quantitatif que qualitatif. La généralisation de l’utilisation de contenants normalisés dans les ports de pêche pour le débarquement et la vente de poisson, contribuent à assurer la préservation de la qualité des captures, l’éradication de l’utilisation des caisses en bois et la réduction des volumes débarqués en vrac. Les barques artisanales ont également bénéficié d’un appui pour la valorisation de leurs apports à travers l’équipement en caissons isothermes (Ice-box) permettant la préservation de la fraicheur des captures et leur valorisation. Lancé au profit des barques opérant au Sud, ce programme est en cours de généralisation au reste des zones maritimes du royaume. L’action du Département a également ciblé l’amélioration de l’approvisionnement en volume des unités de valorisation. Cela s’est traduit par l’attribution de quotas additionnels de petits pélagiques, dans la pêcherie de l’atlantique sud, au profit d’investisseurs en contrepartie de l’investissement à terre dans des usines de valorisation. A ce jour, 8 conserveries sont en cours de réalisation à Dakhla et Boujdour dans le cadre de ce programme. Les différentes réalisations ont permis le développement des exportations des produits de la mer qui ont atteint 22 MMDH en 2017 (contre 13 MMDH en 2010), enregistrant ainsi une croissance annuelle moyenne de 7%. Enfin, le Maroc occupe une position de leader mondial dans l’exportation de conserves de sardines pilchardus, de semi-conserves d’anchois et de poulpe congelé.

Que peut-on dire de la politique de l’aménagement des pêcheries sur les façades méditerranéenne et atlantique?

Depuis le lancement de la stratégie Halieutis, les plans d’aménagement concernant les plus importantes pêcheries ont été mis en place afin de préserver les ressources halieutiques nationales et également protéger et développer les investissements et les emplois dans le secteur. actuellement 20 plans d’aménagements couvrent les pêcheries nationales les plus importantes en termes de capture allant de la pêcherie des petits pélagiques qui constituent près de 80% de nos ressources aux espèces de grande valeur économique comme le poulpe et les grands pélagiques (thon et espadon) et aussi les ressources littorales (algues et différents coquillages). Ces avancées ont été réalisées grâce au renforcement de la recherche scientifique qui établit le diagnostic de l’état des stocks et réalise le suivi régulier de leur évolution face à la pression de la pêche et de la dynamique environnementale. Ces acquis ont permis actuellement au Département de la pêche maritime d’adopter une gestion adaptative des stocks halieutiques sur la base des résultats du suivi scientifique et de passer d’un taux de couverture de 5% en 2007 à 96% fin 2018 des espèces commerciales gérées par des plans d’aménagement. Les efforts consentis ont permis d’améliorer l’état des stocks aménagés en Atlantique, notamment les petits pélagiques.

La gestion du Stock «C» qui s’opère dans le strict respect de la durabilité de la ressource ne pénalise-t-elle pas le développement économique ?

La gestion du stock C est réalisée dans le cadre du plan d’aménagement des petits pélagiques dont le principe s’articule autour des deux axes principaux, une exploitation basée sur l’attribution de quotas ; et une maitrise des destinations et de la valorisation des captures. L’objectif est de créer de la valeur ajoutée, de dynamiser l’économie de la région et de créer de l’emploi. A cet effet, le stock C emploi de manière directe environ 10 000 personnes et génère indirectement 50 000 emplois dans les filières de la logistique et de l’industrie de transformation. On est donc loin d’un système d’exploitation susceptible de pénaliser le développement économique et social.

L’essor de l’aquaculture est-il au rendez-vous ?

La stratégie Halieutis a accordé à l’aquaculture marine une place de choix et l’a inscrit en tant que moteur de croissance économique et sociale du secteur halieutique. Le Maroc s’est engagé avec une ferme volonté et conviction dans cette voie, en créant en 2011 l’Agence Nationale pour le Développement de l’Aquaculture et en renforçant les moyens et les ressources de la recherche scientifique dans ce domaine. Depuis le démarrage de la mise en œuvre de la stratégie Halieutis à ce jour, les actions prioritaires nécessaires à la création d’un environnement favorable pour l’amorçage du développement de cette activité sur des bases scientifiques, techniques solides et inspirés des meilleures pratiques internationales en la matière ont été conduites par l’ANDA. Ces actions ont mis en exergue les potentialités considérables des différentes régions du Royaume à même d’en faire de véritables pôles de développement et d’intégration. Ce constat largement confirmé par la planification aquacole, réalisée sur plus de 1 700 km du littoral national, dont le processus a permis d’identifier les espaces favorables à l’aquaculture marine dans toutes ses composantes, et de dresser la typologie d’une offre aquacole nationale et d’offrir des opportunités d’investissement viables. Le travail accompli par l’ANDA ces dernières années pour délimiter 5 plans d’aménagement aquacole sur tout le territoire marocain, a démontré un potentiel naturel de 380 000 Tonnes. Aujourd’hui, le secteur aquacole national compte plus d’une vingtaine de fermes aquacoles actives dans les trois filières, à savoir la pisciculture, la conchyliculture et l’algoculture. Ce secteur compte également une écloserie de coquillage, inaugurée par sa Majesté le Roi Mohammed VI à Dakhla, en février 2016, disposant d’une capacité de production de 50 millions de naissains d’Huîtres et 10 millions de naissains de palourdes, une première en son genre à l’échelle nationale et régionale et qui constitue un atout important pour le secteur en terme d’approvisionnement en semences. D’autres projets à caractère sociaux (03) ont été installés au niveau de la Méditerranée au profit des coopératives de pêcheurs prévoyant une production avoisinant 3000 tonnes de coquillages et d’algues marines permettant ainsi à cette catégorie socio-professionnelle de diversifier ses sources de revenus. 250 projets aquacoles sont en cours d’installation au niveau des régions de Dakhla Oued Eddahab, de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, de Sous Massa, de l’Oriental et de Gulemim Oued Noun.  Parmi ces projets, plus de 100 sont portés par les jeunes entrepreneurs originaires desdites régions.

Comment se profile la politique d’accès à la ressource et comment se déroule le processus de modernisation des flottes de pêche côtière?

En vue de revoir la configuration de la flotte de pêche côtière nationale marquée depuis plusieurs décennies par sa vieillesse, sa conception traditionnelle construite sans plan, son insuffisance en moyens de préservation de la qualité des captures, de manutention, de sécurité de la navigation, de communication et de prospection à bord, le Département de la Pêche Maritime avait mis en place depuis 2008 le programme « IBHAR» qui vise la mise à niveau et la modernisation des flottes côtière artisanale. Le programme de modernisation de la flotte côtière a été décliné en deux packs : pack Safina qui concerne la construction de navires en bois et le Pack Safina + qui concerne la construction des navires en matériau autre que bois (acier, aluminium, fibre de verre,..). Ce programme qui avait débuté en 2009 n’a connu sa vraie relance qu’en 2013 suite à des périodes d’arrêts pour régler certains problèmes d’ordre procédurales et a pris fin en mai 2015. Il visait la modernisation de 390 navires pour une subvention de l’état de l’ordre de 514 millions dhs.

A la fin du programme en mai 2015 et en l’espace seulement de deux entre 2013 et 2015,  165 navires ont participé au programme de modernisation représentant ainsi  42.3% de la flotte ciblée. Le montant de la subvention versé à ces navires est de 160 millions de dhs, soit 31% de la subvention allouée.

Ce programme a permis l’amélioration des conditions de préservation de la qualité des captures des navires qui ont participé à travers l’isolation des cales au poisson et leur aménagement pour la réception des caisses normalisées et leur équipement du système de réfrigération. Mais aussi l’amélioration des conditions de vie et de travail de presque 4700 marins à bord des navires concernés à travers le réaménagement des locaux d’habitation, carrés, blocks sanitaires… Outre l’introduction de nouvelles technologie et équipements de prospection et de navigation et l’orientation vers des structures plus performantes. En effet, 10 navires ont opté pour des structures autres que le bois.

En terme de rentabilité des navires, la comparaison entre les résultats d’exploitation de certains navires, avant et après la participation au programme « IBHAR » a montré une amélioration variant en moyenne entre 6% et 12%, une augmentation moyenne du prix de vente entre 22% et de 88%. En effet, l’accord cadre du programme prévoyait des augmentations du chiffre d’affaire de l’ordre de 7%, cette estimation a été largement dépassée variant  entre +17%   et +100%.

Par ailleurs, la consommation en gasoil a connu en général une diminution de presque -22% qui est due à l’introduction à bord des navires de nouvelles générations de moteur de propulsion, d’appareils de navigation et de prospection qui ont permit la réduction du temps de pêche et de navigation.

Le retour de la flotte de l’UE dans les eaux marocaines se fera-t-elle avec le débarquement local? Et quelle est la portée d’une telle politique?

Les navires européens seront obligés de débarquer 25% à 30% de leurs captures dans les ports marocains. De plus, nous avons prévu des mesures pour inciter les armateurs européens à débarquer leurs captures, à l’état frais, à des taux dépassant les seuils obligatoires prévus par l’accord, telle que la réduction de 5% sur la redevance pour chaque tonne débarquée au-delà du seuil obligatoire. De même la pénalité appliquées en cas de non débarquement des taux prévus par le protocole a été révisée à la hausse, passant de 5% à 15% en tant que majoration sur la redevance.L’objet de telles mesures est de permettre l’approvisionnement de l’industrie nationale et d’optimiser les retombées socio-économique et les bénéfices des deux Parties et ce, dans le respect des principes de gestion durables des ressources halieutiques.On doit souligner que le nouvel accord prévoit de renforcer l’impact socio-économique en faveur des populations des zones concernées, notamment en termes d’infrastructures, de services sociaux de base, de créations d’entreprises, de formation professionnelle et de mise en place de projets de développement.

Que répondre aux professionnels du secteur qui jugent complexes et tatillons les processus de contrôle à l’export que ce soit pour les produits frais ou transformés?

Les recommandations adoptées à l’échelle internationale au sein des diverses organisations (FAO, ICCAT, CGPM etc…) pour lutter contre la pêche Illicite Non déclarée Non réglementée (Pêche INN) ont engagé les Etats du pavillon et les Etats du marché à adopter des mesures strictes en la matière. C’est ainsi que des pays importateurs exigent une certification des captures à l’export attestant que les produits exportés dérivent de captures pêchées en respect de la réglementation des pêches.  Les Etats du pavillon doivent donc impérativement instaurer un système de traçabilité documentaire des captures pour pouvoir mener la vérification requise avant validation des certificats de captures à l’export. Le Département de la pêche, conscient de la lourdeur que pourrait engendrer ce système de traçabilité sur papier, a mis en place une application informatique qui supporte ce processus et qui a réduit considérablement les délais d’attentes induits par le contrôle à l’export relatif au volet « lutte contre la pêche INN». Le système constitue donc une nécessité absolue pour permettre aux produits d’origine marocain d’accéder au marché international, en particulier celui de l’UE. Bien entendu, il existe d’autres systèmes de contrôles réglementaires qui relèvent d’autres administrations (douanes, ONSSA, EACCE) et qui sont régis par des règles spécifiques, en particulier les règles sanitaires et les règles d’origine (tarification douanière). Le département de la pêche maritime œuvre aujourd’hui à échanger les données à l’export avec ses entités pour simplifier éventuellement l’ensemble des procédures de contrôle réglementaire.

 

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